Pierre Marcotte: Porte-​parole du Salon FADOQ 50 + organisé par la FADOQ régions de Québec et Chaudière-​Appalaches

26 février 2013
Une entrevue absolument magique avec un homme drôle, taquin, dont la joie de vivre est contagieuse !

SA CARRIÈRE

S. Bonjour monsieur Marcotte, c’est un honneur pour moi de vous rencontrer !
P.M. Je promets de dire la vérité, toute la vérité… tu as remarqué, je n’ai pas dit je le jure !

S. Comment c’était de faire de la télévision en direct ?
P.M. J’ai commencé aux premières loges de la télé à Télé-Métropole en 1963. Vous n’étiez même pas une mauvaise pensée dans la tête de votre père à cette époque ma chère ! C’était en noir et blanc en plus, même pas en couleurs, tu imagines ! Les réalisateurs, les animateurs, les caméramans, les régisseurs : tout le monde apprenait le métier ensemble, ce qui faisait que nous étions tous sur un pied d’égalité. C’était toujours une question d’équipe où personne ne se prenait pour un autre. À partir de là, ça crée beaucoup d’effervescence, de bonnes idées; le monde se laisse aller, on s’amuse et je pense que c’est ce qui a fait le succès de Télé-Métropole à ses débuts. C’est la différence qu’il y avait avec Radio-Canada qui était en ondes depuis 1952. Eux, ils étaient beaucoup plus aguerris sur ces techniques, alors que nous, nous étions les « ti kids » qui commençaient – c’était très agréable.

S. Est-ce que faire du direct c’est stressant ?
P.M.  Aujourd’hui, la télé est très aseptisée. À part les nouvelles, il n’y a pas grand-chose en direct. Tandis que pour nous, dans le temps, quand on avait l’air d’un épais, on avait l’air d’un épais et c’était fini, c’était fait : tu avais l’air d’un épais. Aujourd’hui, avec le montage, les animateurs sont toujours à leur meilleur et c’est la même chose pour la technique. Il n’y a pas d’erreurs, alors que pour nous il y avait des erreurs techniques, des erreurs de perception, des questionnements.  Quelquefois, on posait la question la plus niaiseuse qui pouvait exister, on se faisait répondre et ramener sur le droit chemin. C’était bien différent, mais c’était sympathique ! Évidemment, faire du direct c’est une adaptation en temps réel continuellement. Vers la gauche en avant marche !

S. Prévoyez-vous un retour éventuel à la télévision ?
P.M. Jamais. Faire de la télévision comme invité de temps à autre, oui, mais plus maintenant. Il y a une période de vie pour chaque chose, et il faut être assez présent d’esprit pour être capable de discerner quand c’est fini. Il y a des choses qui doivent être finies dans la vie. Lorsque tu décides de quitter par toi-même, ça fait beaucoup moins mal que quand on te met dehors parce que tu n’es plus à la mode. Quand tu es passé dû, tu es passé dû.

S. Est-ce que c’était truqué le concept de la piscine dans l’émission « Les tannants » ?
P.M. Non, ce n’était pas truqué. Mais quand Roger Giguère était en haut — Roger c’était un bon garçon — il restait là et il ne disait pas un mot. Il attendait et moi je conseillais la femme ou l’homme pour le lancer; donc, il tombait à l’eau quatre fois sur dix. Mais moi, quand j’étais en haut et que lui était en bas, je disais : « Madame, vous savez bien que vous ne l’aurez pas ! Voyons donc, vous êtes trop loin. Il faudrait lancer par-dessus l’épaule.» Ce qui n’est pas un geste naturel pour une femme… Je les « crinquais » tellement; dans la salle les gens criaient : «Étouffe !» Moi, je provoquais tout le temps. On réussissait à me faire tomber qu’une fois sur dix. C’est pour ça que j’étais un peu l’indésirable de la gang. On s’amusait follement!

S. Avez-vous encore des contacts avec les autres membres des «tannants»?
P.M. Oui, de temps à autre, mais on n’a pas de contacts réguliers parce que nos vies nous ont séparés. Dans le domaine des communications, quand l’équipe est là, ça va. On a des contacts, on ne se lâche pas, on vit ensemble quotidiennement. Maintenant, à chaque fois que l’on se retrouve, c’est toujours un grand bonheur. On s’amuse, on rit, on se raconte nos peurs.

S. Êtes-vous tannant dans la vie de tous les jours?
P.M. Je suis particulièrement tannant dans la vie, ça se sent, car je ne crois pas que nous devons prendre la vie trop au sérieux. Elle ne nous est que prêtée, profitons-en !

S. Quels artistes avez-vous eu le plus de plaisir à interviewer ?
P.M. J’en ai interviewé beaucoup. Les gens qui ont été les plus grands défis pour moi sont Pierre Falardeau et Pierre Bourgault. Ces deux hommes avaient réponse à tout et ils étaient intransigeants sur ce qu’ils pensaient. À ce moment-là, si tu tentais de t’écarter du bien-fondé de leur pensée, tu en mangeais une maudite. J’ai eu le plaisir d’interviewer des premiers ministres, monsieur Bourassa que j’ai eu en entrevue fréquemment et Bernard Landry; des acteurs européens, dont Yves Montand avec qui j’ai passé une heure. Ces gens sont tellement articulés que tu n’as pas de problème à les interviewer et, en général, tu ne peux pas leur faire dire n’importe quoi, parce qu’ils ne le diront pas. Ils connaissent leur sujet et le vocabulaire à employer; donc, tu ne peux pas leur faire dire ce qu’ils ne veulent pas dire. Alors, tu perds ton temps à les provoquer, et ça rend l’entrevue désagréable à ce moment-là.

S. Y a-t-il un artiste que vous n’avez pas aimé interviewer ?
P.M. J’animais une émission sans messages publicitaires d’une durée d’une heure (en direct). Il y a une entrevue que j’ai faite avec une personne qui, à une question qui la mettait en porte-à-faux, m’a raconté une histoire qui était totalement fausse. Au moment où elle racontait cet événement-là à sa façon, à son avantage, alors que ce qui s’était passé était complètement à son désavantage, elle a réalisé que j’étais présent lors de cet événement. Cette personne est alors devenue très bête. Ça paraissait tellement dans son visage que le réalisateur m’a raconté après qu’il avait dit à tout le monde : « Musique, on se prépare, car l’invité va sortir, il ne fera pas une heure, il y a quelque chose qui s’est passé et il va s’en aller. » J’ai continué l’entrevue, j’ai fait comme si de rien n’était. Mais je vais vous dire, j’ai travaillé fort, car dans la dernière demi-heure, des oui et des non j’en ai eus ! Mais j’ai fait l’heure. C’était un beau défi.

Qu’aimeriez-vous partager avec nos lecteurs par rapport à votre carrière ?
P.M. J’ai été tellement gâté. J’ai fait une carrière magnifique. J’ai souvent été le tireur de pipe, le gars qui provoquait. Mais les gens ont toujours senti que c’était pour s’amuser et que ça n’avait rien de méchant. Comme je l’ai déjà dit, quand je tombais dans la piscine, les trois dernières années des «tannants», les gens étaient debout sur les bancs et ils criaient. Ils étaient tellement contents qu’enfin je tombe dans la piscine, que même si je m’étais noyé, ils auraient ri pendant cinq minutes ! Après, ils auraient dit : «C’était un bon gars. » 

LA FADOQ RÉGIONS DE QUÉBEC ET CHAUDIÈRE-APPALACHES

S. Pourquoi avez-vous accepté de vous associer à la FADOQ régions de Québec et Chaudière-Appalaches pour Le Salon FADOQ 50 +?
P.M. C’est toujours l’inconnu qui nous fait peur. Les gens sont souvent isolés et cet événement est une occasion de venir se renseigner sur tout. Il y en a des choses à notre portée. Juste à penser aux services gouvernementaux. Il y en a bien plus que l’on pense. Je suis surpris. C’est comme vous avec vos cliniques multidisciplinaires en santé auditive. Les gens ont besoin de se renseigner. Ça ne veut pas dire qu’ils vont y aller, mais ils savent que ça existe. Et c’est pour cette raison que je félicite la FADOQ régions de Québec et Chaudière-Appalaches pour ce cadeau qu’elle fait à tous ses membres, mais aussi à la population.

SA VIE AUJOURD’HUI

S. Quel est le plus grand rêve que vous avez réalisé dans votre vie ?
P.M. Mon père était le commanditaire principal d’une émission de radio à Joliette qui s’appelait les Joyeux Pinsons, le samedi matin de 9 heures à 10 heures. Donc, j’y allais et j’étais en contact avec les gens de la radio. À 16 ans, j’ai commencé à faire de la radio avec ma voix fluette; je venais à peine de muer. Alors, j’ai toujours fait ce métier-là.

Je me souviens qu’un jour, ça date déjà de 20 ans, je suis entré dans la chambre à coucher chez moi et j’ai dit à ma blonde de l’époque : «Je peux à partir de ce soir mourir n’importe quand; j’ai réalisé tout ce que je voulais faire dans la vie.» Ça fait 20 ans de ça. Je ne suis pas mort. Je dis toujours que la vie ce n’est pas juste, ça n’a pas été juste et ce ne sera jamais juste! Il y a des choses qui se passent dans nos vies individuelles que tu ne peux expliquer. Il y a des malheurs qui nous arrivent, il y a des bonnes choses qui nous arrivent, et c’est la quantité de malheurs versus les bonnes choses qui fait que tu es heureux ou pas. Et oui, tu peux faire un peu ta chance. J’ai toujours dit que tu es mieux d’être sur la voie ferrée si tu veux être frappé par un train que dans le champ à 200 pieds. Mais c’est aussi bête que ça. Tu pourrais être né en Afrique. Être né ici, va donc justifier ça! Tu as de beaux yeux, va donc justifier ça!

La vie nous est prêtée; il faut prendre le meilleur de ce qu’elle nous offre, en espérant qu’elle ne nous fera pas trop mal. Il faut accepter la légèreté de la vie; la vie c’est léger, tu ne sais jamais. Arrêtons de se prendre pour d’autres et de penser que nous allons changer le monde entier. Profitons de la vie, aimons les gens qui nous entourent, aimons-les bien. Respectons les autres, essayons d’avoir le meilleur de la vie et apprécions le moment présent. Arrêtons de penser au passé, arrêtons de penser à l’avenir, ça n’existe pas parce qu’il n’y a qu’une chose qui existe dans la vie et c’est là, le moment présent.

S. Ce n’est pas une chose facile à faire !
P.M. C’est évident que ce n’est pas facile à faire. Parce que la folle du logis te ramène toujours en arrière. As-tu remarqué que le malheur nous marque davantage que le bonheur ? C’est arrivé, c’est arrivé! Qu’est-ce que tu peux faire ? Ça ne reviendra jamais, hier; perds pas ton temps.  Arrêtons de projeter…  «moi à ma retraite, je vais faire ceci, je vais faire cela». Si vous avez moindrement les moyens sans être un con fini, faites-le donc tout de suite. Moi, j’ai dépensé dans ma vie comme tu ne peux même pas t’imaginer, et je ne suis pas riche. Mais j’ai bien vécu en maudit! J’ai fait de l’argent, j’ai dépensé de l’argent. Je suis rendu à 73 ans et je n’ai non seulement aucun regret, mais je suis assez content d’avoir fait ça parce qu’aujourd’hui ça ne me tente plus de faire les folies que je faisais à l’époque. Ça ne me tente plus d’avoir un gros bateau. Ça ne me tente plus de m’en aller en Europe pour une fin de semaine. Ça ne me tente plus, mais je l’ai fait par exemple. J’ai dépensé de l’argent, mais j’ai essayé d’en garder raisonnablement pour avoir une vieillesse confortable. C’est tout ! Je suis assez content parce que je me dis qu’aujourd’hui je ne le ferais pas. Ma devise : «Do it now ! »

S. Pourquoi avoir accepté la présidente de la Fondation des artistes ?
P.M. La mission de la Fondation des artistes est de soulager la pauvreté, notamment en procurant une aide financière d’urgence aux artistes professionnels vivant une situation de crise. Ça, c’est un retour que j’ai accepté de faire. Gaston L’Heureux était président et après sa mort on m’a demandé d’assumer la présidence. Alors, j’ai pensé qu’avec la carrière et la chance que j’avais eues dans la vie, je me devais peut-être d’accepter. Je suis probablement devenu égoïste, car j’ai pris du temps pour réfléchir avant d’accepter. Oui, parce que je vis dans Charlevoix maintenant et que ça se passe à Montréal évidemment. Alors, ça me demande de voyager et tout, mais j’ai accepté avec un immense plaisir. Je pense que je fais bien le travail que j’ai à faire et je constate que c’est très utile.

S. Vous avez été dans la restauration longtemps. Est-ce que vous l’êtes encore ?
P.M. Non, j’ai tout quitté, mais aujourd’hui je suis encore un homme très occupé, très actif. Ne vous inquiétez pas pour mon emploi du temps. Parfois, je pense que je suis plus occupé que lorsque je travaillais, et je travaillais très fort.

S. Vous aimiez avoir des journées aussi remplies ?
P.M. Quand tu es passionné, quand tu fais quelque chose que tu aimes, le temps n’a pas d’importance. Tu fais ton travail, tu es heureux. Moi, je me suis vu prendre un coup jusqu’à 3 heures du matin, puis j’ouvrais à CKMF à 6 heures. Je n’ai jamais manqué un show.

S. Parlez-moi du bateau la Marie Clarisse.
P.M. La goélette Marie Clarisse appartient au Musée maritime de Charlevoix et je m’en occupe beaucoup. Elle nous a été remise par Loto-Québec, et c’est moi qui me suis occupé de tout ça. C’est un bateau qui est un patrimoine. Il est la propriété du Musée maritime et je suis gouverneur au musée depuis 30 ans. Donc, je vais chercher le financement; c’est moi le quêteux de la famille. Cette année, la Marie Clarisse était dans le port de Québec et on pouvait la visiter grâce à la Ville de Québec et à Loto-Québec. Loto-Québec nous aide beaucoup là-dedans. L’intérêt de Loto-Québec est de sauver le patrimoine. C’est un bateau datant de 1923. C’est le seul bateau en bois, un voilier magnifique, qui a navigué sur les bancs de Terre-Neuve entre 50 et 60 ans. Il est bien conservé et il navigue encore. À voiles. Nous avons toutes les autorisations; il est homologué.

S. Quelles sont vos passions aujourd’hui?
P.M. J’ai eu plusieurs passions dans ma vie et je les ai toutes réalisées. Aujourd’hui, je ne dis pas que je n’ai plus de rêves, mais j’ai une sagesse qui s’est emparée de moi. Je suis plus serein, je porte plus attention à ce qui est proche de moi. J’essaie de profiter de la vie et du moment présent.

J’ai deux beaux chiens; ils sont tellement fins. Je les ai achetés car je savais qu’ils me donneraient une discipline que je n’ai pas. Ils me lèvent le matin. Moi, je suis un roger-bontemps. Comme j’ai une petite salle de cinéma chez moi, j’écouterais facilement trois films de suite et je me coucherais à 4 heures du matin. Il n’y aurait pas de problème. Je me lèverais à 11 heures, et tout croche. Je le sais ça. Alors qu’avec les chiens, je suis obligé de suivre une certaine discipline.

Les chiens n’ont cependant pas le droit de franchir le seuil de ma porte de chambre et ils le savent. Le matin, ils poussent dans la porte, s’assoient et «chignent» jusqu’à ce que je me lève. Ça me fait rire ! Alors, lorsque tu te lèves à 7 heures du matin, le soir tu es fatigué! Donc, je regarde un seul film, pas huit!

L’AUDITION

S. Vous qui avez été dans le domaine du son à la radio et à la télévision, quelle importance accordez-vous à l’audition dans votre vie ?
P.M. Une grande importance, c’est évident. J’ai passé souvent des examens de l’audition et je suis privilégié. J’ai un peu de problèmes dans les hautes fréquences, les aiguës, mais à mon âge je me considère encore chanceux. Mon médecin de famille a inclus l’examen de l’audition dans mon bilan de santé annuel, et je trouve ça super important !

Un merci spécial à monsieur Marcotte pour sa générosité lors de cette entrevue. Quel homme de grand cœur vous êtes !

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