Michel Forget : Une vie faite de mille choses…

14 avril 2016
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M. Forget, vous avez maintenant 74 ans. Après avoir mené une belle carrière de comédien et d’homme d’affaires, vous êtes maintenant à la retraite. Est-ce que votre épisode de repos forcé de 2012 a été un signal d’alarme?

En fait, c’était un début de zona, mais on l’a pris juste à temps. Mon médecin m’a prescrit des antibiotiques et beaucoup de repos, et la situation s’est réglée. Je suis chanceux, parce que le zona, ça peut être extrêmement souffrant. C’est sûr que par la suite, je n’ai jamais repris mes activités au rythme d’avant. Après toutes ces années, j’y pensais, j’étais rendu là. Je joue encore de petits rôles ici et là (Unité 9, Le règne de la beauté, réalisé par Denis Arcand), j’accepte des mandats comme celui de porte-parole pour la quatrième édition du Salon de la FADOQ 50 ans et +, mais sinon, je profite de la vie avec mon épouse.

Au fil des ans, vous avez été acteur, homme d’affaires, gestionnaire d’œuvre de charité… Y a-t-il un de ces rôles que vous avez préféré?

Ah mon Dieu… C’est sûr que de travailler pour les sans-abri, ça fait chaud au cœur, on a l’impression d’être utile. Le métier d’acteur, j’aimais ça. Homme d’affaires, ç’a été un concours de circonstances… J’avais un associé, je l’ai racheté, je devais faire quelque chose avec ça si je voulais pas perdre ma chemise. (Rires.) Mais je me suis vite entouré de gens compétents, ce qui a fait en sorte que la chaîne (de boutiques de nettoyage à sec) a grossi rapidement. Ça fait 10 ans maintenant que j’ai vendu mes parts, d’ailleurs.

Vous avez deux fils dans la quarantaine, nés de votre premier mariage, et qui ont toujours vécu en Angleterre avec leur mère. Vous avez également deux petits-fils. Comment vivez-vous cette relation à distance?

On se téléphone régulièrement, et il y a Skype aussi! Je vais les visiter tous les deux ou trois ans en Angleterre. Mes fils ont aussi traversé à quelques reprises, mais là, j’aimerais que mes petits-fils viennent à leur tour. J’espère qu’ils vont venir bientôt.

Mon plus vieux, qui m’a donné mes deux petits-fils, est directeur d’école. Mon plus jeune est enseignant. Et je dois dire que je pense qu’ils sont bien mieux traités en Angleterre que les enseignants du Québec! (NDLR : Au moment de l’entrevue, à l’automne 2015, les enseignants du Québec étaient engagés dans un bras de fer les opposant au gouvernement en place au sujet des coupes en éducation.)

Dites-moi, est-ce que la Fondation Recours des sans-abri, que vous avez fondée en 1988, existe toujours?

Oui, mais la fondation est maintenant rendue dans le giron de l’Œuvre Léger. Vous savez, on mène notre petite vie, on est tellement pris par ce qu’on fait… Je suis allé arpenter les rues de Montréal quelques nuits avec des travailleurs de rue. Ça ébranle et ça t’ouvre les yeux. Je suis allé passer un avant-midi à Portage, un centre de réadaptation en toxicomanie, et j’y ai rencontré une adolescente de 13 ans qui en était à sa sixième tentative de suicide… Ça te brasse… Je revenais à la maison et je disais à mon épouse : « Ça n’a pas de bon sens, il faut que je fasse quelque chose pour aider ces gens-là! »

De là est partie l’idée de la fondation. Mais le côté administratif de la chose, comptabiliser de l’argent comptant, aller déposer ça à la banque, répondre au téléphone, ç’a rapidement dépassé nos « compétences », si je peux dire. C’est là que l’Œuvre Léger nous a approchés et nous a offert son aide pour ce volet-là. Moi, j’ai continué pendant un moment à prêter ma « face » à la cause et à participer aux activités de collecte de fonds!

Le public québécois vous associe encore beaucoup à Mario Duquette (Du tac au tac) et à Gilles Guilbeault (Lance et compte). Toutefois, c’est un autre rôle qui occupe une place particulière dans votre cœur, n’est-ce pas?

En effet, c’est le rôle d’Azarius Lacasse, dans le film Bonheur d’occasion. L’aventure de Du tac au tac venait de se terminer après six saisons. Je me disais « Ouin, là, ça va être tranquille pendant un boutte… tsé, les gilets carreautés…! » (Rires.) Mais à la demande de Dominique Lajeunesse, la fille de Janette Bertrand, qui avait une agence de casting, je suis allé passer l’audition, mais je n’avais vraiment aucune attente. Pourtant, on m’a convoqué pour le screen test, qui est en quelque sorte une deuxième audition à laquelle sont conviés quelques acteurs seulement. Une quinzaine de jours plus tard, le téléphone a sonné. Quand j’ai répondu, j’ai entendu Claude Fournier, le réalisateur, dire : « Salut Azarius! ». Ah! Ça a été tout un choc. Et ça a fait une coupure. Je n’ai plus jamais rejoué dans une comédie par la suite. Dans la vie d’un acteur, jouer ce genre de personnage, réussir à se tailler une place dans le cœur des gens, c’est un beau cadeau. Moi, j’ai eu cette immense chance.

En 1989, vous avez tourné Le party, avec Pierre Falardeau. Votre rencontre avec lui vous a grandement marqué, n’est-ce pas?

Oui! Je l’ai peu connu, mais j’ai beaucoup aimé travailler avec lui. Sous ses airs d’ours un peu mal léché, il y avait en fait un homme formidable, gentil. Un peu victime de son personnage en fait… Je l’ai même déjà rencontré au Commensal, un restaurant végétarien! On aurait peut-être pas dit ça d’emblée! (Rires.) Ça a été un beau tournage. Et le film a bien marché. Pierre Falardeau est mort un peu vite, je trouve…

Y a-t-il des gens dans votre entourage qui vivent avec une perte auditive?

Oui! J’ai quelques amis, certains qui sont comédiens et d’autres non, qui ont une perte auditive. On fait bien des farces avec ça, on les taquine. Un de mes amis, maintenant décédé, portait des appareils auditifs. Quand on jouait au golf, il les enlevait au début de la partie pour ne pas se faire déconcentrer par nos niaiseries pendant qu’il frappait ses balles. (Rires.) Dans le fond, c’est un avantage dans la vie, ça… Les gens qui ont des appareils auditifs peuvent entendre quand ils veulent, et « mettre la switch à off » quand ils veulent avoir la paix! (Rires.)

Si on vous annonçait que vous avez une perte auditive et que vous devez porter des appareils auditifs, est-ce que ça vous gênerait?

Absolument pas! C’est pas pire que de porter un dentier! (Rires.) Mais j’entends trop, moi! Des fois, j’aimerais ça être sourd pour avoir la paix! (Rires).