La surdité: un risque à la conduite automobile

15 février 2009
Ce n’est plus un secret pour personne, la surdité touche environ 10 % de la population de façon plus ou moins importante. La plupart du temps, les deux oreilles sont atteintes. L’apparition lente, graduelle et insidieuse des symptômes de surdité pourrait expliquer en partie qu’une personne atteinte attendra en moyenne sept ans avant d’entreprendre des démarches pour obtenir de l’aide. Bien souvent, la personne consultera à la suite de nombreuses remarques de l’entourage.

L’incapacité à entendre peut mener à diverses situations de handicap comme les difficultés à comprendre la parole en présence de bruit ou en groupe, à comprendre au téléphone et à comprendre la télévision.

Toutefois, d’autres capacités liées à l’acuité auditive sont essentielles à la sécurité des individus, telles la détection de signaux avertisseurs sonores de danger et la localisation de la provenance des sources sonores.

Or, il est démontré que les personnes avec surdité ont plus de difficulté à détecter un signal d’urgence en présence de bruit de fond et à localiser la provenance des sons.

Ainsi, les personnes malentendantes croient souvent que la position des sons est vers l’avant, alors que la position réelle est vers l’arrière. Une des conséquences de ce type d’erreur est l’augmentation du temps de réaction. On peut donc dire que les conséquences peuvent être néfastes sur la conduite automobile.

En effet, une récente étude québécoise effectuée auprès de plus de 78 000 personnes a démontré que, tout âge confondu, le risque d’accident avec un autre véhicule routier augmentait avec la perte auditive.

L’étude note également que les automobilistes avec surdité ont moins d’infractions pour excès de vitesse, mais qu’ils cumulent davantage d’infractions pour d’autres raisons (griller un feu rouge, oublier un arrêt obligatoire, etc.).

Les personnes malentendantes doivent être doublement attentives sur la route, ce qui occasionne une surcharge mentale augmentant ainsi les risques d’erreurs. Une étude brésilienne est également parvenue aux mêmes constats.

Par ailleurs, la littérature scientifique nous apprend que le port de deux appareils auditifs favorise la perception de la provenance des sources sonores, de la distance, du mouvement, de la parole en contexte d’attention partagée et réduirait ainsi l’effort d’écoute. De plus, l’emploi d’appareils auditifs non occluants ou à embout ouvert serait préférable lorsque possible. On peut donc supposer que le fait de porter ses deux appareils auditifs, lorsque requis, contribue à réduire les risques d’accidents automobiles et le nombre d’infractions au Code de la route.

Bonne route !

Références:
NOBLE, W., S. SINCLAIR, and D. BYRNE (1998). “Improvement in aided sound localization with open earmolds: observations in people with high-frequency hearing loss”, J.Am.Acad.Audiol. 9(1):25-34.
NOBLE, W., D. BYRNE, and B. LEPAGE (1994). “Effects on sound localization of configuration and type of hearing impairment”, J.Acoust.Soc.Am. 95(2):992-1005.
GIRARD, S.A., et autres (2005). Étude exploratoire de la relation entre l’exposition au bruit en milieu de travail, la perte d’audition permanente et la sécurité routière, Institut national de santé publique.