La lecture labiale

9 décembre 2015, par Maude Cadieux-Laurin

Lecture labiale

La perception de la parole est reconnue comme une tâche multimodale, c’est-à-dire qu’elle sollicite plus d’un sens. La lecture labiale, qui permet de superposer des signaux visuels aux signaux auditifs, s’avère utile et parfois même nécessaire à la compréhension d’un message.

Le terme anglais speechreading est plus précis que son équivalent français, car il s’agit davantage de la « lecture du langage » que de la « lecture sur les lèvres ». En effet, en plus de tenir compte du mouvement des lèvres, on se sert également des expressions faciales, des mouvements du corps et de l’intonation pour décoder le message.

À qui la lecture labiale est-elle utile?

Les études montrent que les personnes qui ont une surdité ont aussi des habiletés de lecture labiale mieux développées, ce qui est logique puisqu’elles se servent davantage des indices visuels au quotidien pour mieux comprendre et accroître leur capacité de communication.

Ceci dit, tout le monde, enfants comme adultes, lisent sur les lèvres sans même s’en rendre compte. Les personnes entendantes y ont généralement recours lorsque les indices auditifs sont insuffisants, comme dans une situation d’écoute non optimale (environnement bruyant, situation de groupe) ou lorsque le message est complexe (mots inconnus, langue étrangère, accent).

Est-ce que certaines personnes sont naturellement plus habiles que d’autres à lire sur les lèvres?

Comme pour n’importe quel talent ou aptitude naturels, les habiletés de lecture labiale varient grandement d’une personne à l’autre. Toutefois, certains facteurs comme la diversité du langage, une bonne vision, la connaissance du sujet de conversation et de la langue principale de communication viendront influer sur la capacité naturelle de la personne à lire sur les lèvres.

Existe-t-il des moyens d’améliorer ses compétences en lecture labiale?

Oui! Certains centres de réadaptation pour personnes malentendantes offrent des cours de lecture labiale, généralement donnés par des orthophonistes ou des audiologistes. Les études montrent que les participants à ces cours réussissent à améliorer grandement leurs habiletés de lecture labiale.

L’effet McGurk

L’effet McGurk, découvert accidentellement en 1970 par MM. Harry McGurk et John MacDonald (2 psychologues qui étudiaient la perception de la parole chez les enfants au cours de leur développement), est un phénomène qui prouve la multimodalité de la compréhension d’un message. Ce phénomène se produit lorsque l’indice visuel (ce qui est vu) ne concorde pas avec l’indice auditif (ce qui est entendu) perçu.

Par exemple, si l’indice visuel est un phonème labial (prononcé par le contact des lèvres : « ba ») et que l’indice auditif est un phonème vélaire (prononcé au contact de la langue à l’arrière du palais : « ga »), on comprend un son qui est une fusion des deux indices, soit un phonème dental (prononcé au contact de langue aux dents : « da »).

On trouve plusieurs exercices sur le Web qui montrent bien l’effet McGurk. Cet effet est irrépressible, ce qui signifie qu’une personne ne peut pas s’empêcher d’être sensible aux mécanismes phonatoires, et ce, même si elle essaie consciemment de le faire!

Sceptique? Allez l’essayer! 😉

Références :
JERGER S., M. Damian, N. Tye-Murray et H. Abdi. (2014). « Children use visual speech to compensate for non-intact auditory speech ». Journal of Experimental Child Psychology 126, p. 295–312.
NAHORNA O., F. Berthommier et J. Schwartz. (2012). « Dynamique temporelle du liage dans la fusion de la parole audiovisuelle ». Actes de la conférence conjointe JEP-TALN-RECITAL. (1), p. 481–488.
OLIVEIRA L., A. Soares et B. Chiari. (2014). « Speechreading as a communication mediator ». Universidade Federal de São Paulo 26(1), p. 53-60.
PICOU E, T. Rickettes et B. Hornsby. (2012). « Visual Cues and Listening Effort: Individual Variability ». Journal of Speech, Language and Hearing Research. 54, p. 1416-1430.

L'auteure:

 

Dans un objectif de conformité, les termes appareils auditifs sont préférés
à ceux de prothèses auditives.