Journal de bord de l’équipe LOBE CYCL-​ORL

23 septembre 2013, par Christophe Grenier
Récit rédigé par le capitaine de l’équipe LOBE CYCL-ORL 2013, Christophe Grenier, audioprothésiste à la clinique Lobe Santé auditive et communication à Thetford Mines.

Journal de bord de l’équipe LOBE CYCL-ORL

Récit GDPL 2013

Comme l’an dernier, voici mon récit de ce Grand Défi Pierre Lavoie, édition 2013. Afin de ce remettre dans le contexte, l’an dernier, j’ai terminé mon parcours avec une blessure au genou droit. Cette blessure m’a tenu à l’écart de mon vélo pendant 6 semaines.  Peu de temps après mon retour sur la route, j’ai été impliqué dans un accident de vélo dont les séquelles physiques sont encore palpables aujourd’hui.  Je dis bien physique et non psychologique, car je n’ai pas eu peur de retourner en selle. J’ai donc été un autre mois sans rouler.  Bref, j’ai été assez tranquille côté vélo l’été dernier.  En octobre 2012, j’ai reçu un appel qui allait modifier mes responsabilités dans cette aventure.  Comme tous les cyclistes, nous avons un rôle d’ambassadeur des saines habitudes de vie auprès de nos proches.  Maintenant, je venais d’être nommé chef de l’équipe Lobe CYCL-ORL! C’est un rôle que je prenais très au sérieux surtout que cette mission m’avait été confiée par Martin, mon associé et président de Lobe, notre commanditaire majeur. Super un nouveau défi!  Ceux qui me connaissent savent déjà qu’il n’était pas question que je fasse les choses à moitié!  C’est donc en octobre que j’ai commencé à préparer mon GDPL 2013. C’est avec une équipe extraordinaire pour me supporter que nous avons entrepris de créer un programme de visibilité pour s’assurer du succès de cette édition, mais aussi pour les éditions futures. Nous avons donc sollicité nos fournisseurs afin de conclure un partenariat de 3 ans et d’être en mesure de remettre une somme importante à notre école fétiche, l’École oraliste de Québec.

En décembre, j’ai entrepris ma remise en forme à vélo. Mon « inactivité » de l’été (je marchais quand même 7 Km le matin 4 fois par semaine avant le travail et jouais au hockey) ainsi que les plaisirs du BBQ bien arrosé avait engendré le retour d’une partie de mes amis perdus l’an dernier, les adipocytes ou si vous aimez mieux, le gras de bedaine!  J’avais donc quelques livres à reperdre.  Connaissant mes forces mais surtout mes faiblesses à vélo, j’ai entrepris un programme d’entraînement conçu par moi-même.  Je me suis vite rendu compte que la motivation n’était pas au rendez-vous comparativement à l’an dernier.  J’avais plus de difficulté à faire mes 3 à 4 séances de rouleau dans mon sous-sol par semaine.  Mais pourquoi?  L’an dernier, j’étais motivé par la peur de ne pas réussir, d’être un boulet pour mon équipe.  Cette année, je connaissais mes capacités et ça ne m’inquiétait pas.  J’ai quand même gardé le rythme de 4 à 5 entrainements par semaine (vélo et hockey). À ma fête, je me suis offert un nouveau vélo en carbone. À partir de ce moment, j’avais hâte de rouler dehors et le rouleau était de plus en plus pénible.  Et en plus, notre première sortie c’est fait un mois plus tard que l’an dernier.  Vers la fin, le doute est venu faire un tour dans mon esprit.  Est-ce que je me suis bien entrainer?  Est-ce que mon genou va tenir le coup?  Est-ce que j’ai oublié quelque chose pour mon équipe? Seul le temps nous le dira!

Cette année, l’équipe est composée des mêmes membres que l’an dernier à l’exception du chauffeur.  Notre nouveau membre et ni plus ni moins que mon oncle avec qui j’ai commencé à faire du vélo de route.  En fait, je peux dire pratiquement, avec qui j’ai commencé à faire du vélo tout court. Lorsque j’avais 3-4 ans, il venait me garder et comme tout gardien responsable, il m’emmenait avec le vélo de ma mère où j’étais assis dans un siège à l’arrière, faire quelques promenades dont une partie se faisait seulement sur la roue arrière! Notre princesse Carole n’a pas protesté contre la venue d’un beau pompier à bord!

Mercredi le 12 juin. C’est le départ de Thetford pour Montréal où je dois aller chercher mon oncle, mieux connu sous le doux nom de Menoncle, et Frédéric afin que l’on aille à Trois-Rivières prendre possession de notre palais roulant. On s’installe, écoutons les explications, soupons au Pacini et nous nous dirigeons à Québec chez ma mère pour dormir. Fred et moi dormons dans le VR alors que Menoncle est à l’intérieur chez sa sœur.

Jeudi le 13 juin.  Nous sommes à déguster le repas de trucker que ma mère nous a fait lorsque mon cellulaire sonne. Il est 7 h et Carole est au bout du fil.  Elle m’annonce que François cherche à me rejoindre et qu’il ne pourra pas participer au Défi, car il a la gastro! Nous sommes à 2h30 avant notre départ pour La Baie et il nous manque un cycliste. Fred et moi se tournons vers Menoncle en lui annonçant qu’il allait faire son premier Grand Défi Pierre Lavoie.  Il n’a pas eu le temps de se stresser avec la préparation!  Heureusement, comme il devait participer à la Boucle, nous avions son vélo avec nous.  Direction Lobe Réseau afin d’apposer les autocollants de nos partenaires et prendre quelques photos. 9h30, départ pour La Baie.  Patrick a essayé en vain de nous trouver un autre chauffeur, car Menoncle devait maintenant cumuler 2 fonctions. L’accueil à La Baie par l’organisation fut comme l’an dernier; extraordinaire. Il faut le vivre pour voir comment cette organisation est exceptionnelle. Nous allons dîner tous ensemble au même resto que l’an dernier. Il faut croire que la tradition s’installe. Pour le reste de l’après-midi avant les réunions d’usage, nous procédons à quelques ajustements sur nos vélos.  Je retrouve des amis de Thetford qui y participent eux aussi dont un de mes patients de 65 ans qui le fait pour la première fois! Réunion, présentation de vidéo toujours aussi émouvant et Pierre Lavoie annonce qu’il fera monter sur scène les 10 chefs d’équipe ayant amassé le plus de fond. Nous avons un peu plus de 15 000 $ en banque pour notre école, l’École oraliste de Québec.  L’an dernier avec cette somme, nous aurions été classés dans les 5 premiers.  Cette année, l’équipe en 10ième position a réussi à amasser 18 000 $.  C’est aussi plus d’un million qui sera remis aux différentes écoles à travers le Québec. Ce ne sont que des bonnes nouvelles, mais je suis profondément déçu. Je suis compétitif et je m’étais donné comme objectif d’être dans le top 10. Carole me réconforte en me disant que c’est déjà merveilleux ce que nous avons accompli. On oublie ça et on continue cette belle journée.  Nous nous rendons au quai de La Baie pour le souper Carbo-boost (pâtes alimentaires). Nous choisissons de ne pas rester pour les festivités prévues pour le 175ième anniversaire du Saguenay-Lac-St-Jean. Direction Le Montagnais où notre dernière vraie nuit nous attend.

Vendredi le 14 juin 5 h.  C’est le moment tant attendu.  On se lève, s’habille, se rejoint au VR pour aller déjeuner au même endroit.  Après le repas, je prends quelques minutes pour téléphoner à la maison afin de souhaiter bonne fête à mon plus vieux qui a 9 ans.  La tradition oblige, le vendredi matin au GDPL, on a le motton! C’est la première fois que je manque l’anniversaire d’un de mes amours et je trouve ça difficile. Sur la ligne de départ, nous attendions calmement lorsqu’un bruit d’éclatement se fait entendre. Le pneu de Carole venait d’éclater juste à côté de moi. Il est H – 5 minutes!  L’équipe de Devinci est dans leur camion juste à côté de nous.  Avec une rapidité folle, le vélo de Carole se rend à eux et revient comme si rien ne s’était passé. Carole, Fred, Patrick et moi sommes du départ pour Chicoutimi où les 1 000 cyclistes sont de la partie. En fait, je commence ce Grand Défi avec mon défi personnel. Comme je fais les 3 premières étapes, c’est 145 km et 8 heures et demi de vélo qui m’attendent. Les CF-18 passent en raz-motte au-dessus de nous en effectuant une montée verticale avec la postcombustion (after burner). Le bruit est tout simplement assourdissant. Et c’est un départ!  Pour le dernier tronçon de ma journée, je roule avec Menoncle. On fait une bonne partie du trajet ensemble jusqu’au bout où on quitte le plat pour les montées.  Ayant déjà plus de 100 Km dans les jambes, je laisse Menoncle me distancer et aller plus haut dans le peloton.  Dis de cette façon, je préserve ma fierté mais la vérité est que malgré ces 48 ans, Menoncle fait chi….  C’est une machine! Même en chaise roulante, il irait plus vite que moi!  On se retrouve à Lac Bouchette. À peine le temps d’embarquer dans le VR que l’on doit repartir pour La Tuque.  Comme il n’y a qu’une route, les VR doivent partir avant le peloton. Après 3 étapes, nous avons déjà 1h30 de retard! Ce qui veut dire moins de temps pour dormir car le départ le lendemain matin se fait à la même heure. À La Tuque, souper, remplissage du réservoir d’eau, préparation de Fred qui devra faire la première étape de niveau 4 pour expert. C’est moi le chien qui lui ait donné cette étape.  Ça le rend nerveux et ça se voit.On nous annonce à la radio du GDPL que les cyclistes ont de l’avance. On entend déjà les hélicoptères au-dessus de nous ce qui veut dire qu’ils sont proches. On sort à la course, car ils sont 30 minutes à l’avance par rapport à la prévision. Carole et Patrick dévalent la côte où les attendent le village au complet avec des champs traditionnels amérindiens.  Je dois avouer que c’est l’accueil le plus chaleureux que j’ai vu lors d’un GDPL. Carole a la larme à l’œil. On doit encore se dépêcher à partir pour les mêmes raisons que tantôt. Direction St-Tite.  Une fois sur place, on en profite pour dormir un peu. J’ai la chance de m’endormir pour les 3 prochaines heures!  Je me réveille avec l’arrivée de Fred tout souriant d’avoir bien réussi cette étape et il me remercie de lui avoir donné.  Fait étonnant, nous avons repris le retard et avons même de l’avance sur l’horaire. Ça devait rouler!!! Malheureusement, c’est dans cette étape qu’un participant, journaliste à Radio-Canada, a eu un accident (fractures, traumatisme crânien) qui a mis fin à son grand défi. Nous sommes toujours exposés à ce risque lorsqu’on roule à 400!

Samedi le 15 juin. Nous avons fait le transfert en VR pendant la nuit. À ma grande surprise, je me réveille au Quai à Qc.  J’ai dormi encore un autre 3 heures.  WOW! 6 heures de sommeil, c’est autant que durant tout le GDPL 2012.  Je suis gras dur!  On va chercher notre déjeuner, se préparons pour La Boucle.  On a hâte de voir la logistique, car il y aura plus de 3000 cyclistes qui feront un parcours de 135 Km.  De mon côté, c’est une journée de 250 Km qui m’attend.  Sur la ligne de départ, Menoncle reçoit la visite de sa famille ainsi que Patrick.  Tout à coup, Carole s’écrit : « Heille salut Olivier! ». Elle parle à un cameraman qu’elle connaît. L’Olivier en question, c’est mon cousin, le neveu de Menoncle! Le monde est petit. On part tranquillement. Le peloton roule très lentement et ce n’est pas discipliné comme une étape normale. J’ai peur aux accrochages.  On en verra durant le parcours. Dans la courbe qui mène au pont de Québec, j’aperçois ma mère avec ma fille et quelques instants plus tard, ma blonde qui saute pour que je ne la manque pas. Ils seront à l’arrivée à Lévis avec mes gars.  Ça roule vite! Plus vite que ce qui avait été annoncé. Patrick, Carole et Menoncle me distancent.  Je choisi, réellement, de ne pas trop pousser afin de bien gérer mes énergies pour la journée et aussi par crainte d’hypothéquer mon genou pour le reste de la fin de semaine. 2 arrêts sont prévus et je les utilise pour faire le plein d’eau, de Gatorade et pour manger un brin. Durant une bonne portion, je roule seul, le vent dans le dos à 45 km/h, mais soudain, après un virage, le vent devient de face.  Il reste environ 25 km à faire. Je roule maintenant 18 km/h avec plus d’effort. La pluie se met de la partie en plus des vents forts.  Fait bizarre, sous les lignes de hautes tensions, au haut d’une colline, j’ai ressenti un choc électrique dans les 2 mains au niveau d’une partie métallique de mes poignées.  Il devait y avoir quelques électrons de libres dans l’air!  J’ai hâte d’arriver à Lévis. Je suis détrempé et fatigué.  J’y arrive finalement en réussissant mon objectif qui était d’avoir une vitesse moyenne de 30 km/h.  J’ai mon comité d’accueil composé de mes enfants, ma blonde, la famille de Menoncle, des proches de Lobe et Fred avec le sourire qui me dit : « Menoncle est finalement humain! »  Je n’ai pas pu voir ça mais il paraît que même sa femme ne l’avait jamais vu aussi vidé!  Il devait repartir pour Beauceville mais une douleur au talon d’Achille et la sagesse, j’imagine à cet âge, l’on contraint à rester dans le VR. Pour le reste de la journée, mon plus vieux, Samuel, m’accompagne dans le VR  jusqu’à Thetford.  Entre Lévis et Beauceville, une forte crampe à l’intérieur de la cuisse droite me paralyse.  C’est très douloureux et rien ne semble vouloir la faire partir. Je mange salé afin de regagner les électrolytes perdus.  Cette crampe me fait craindre le pire.  J’ai peur de ne pas être en mesure de faire ma prochaine, la rentrée chez nous à Thetford! Je vais faire cette étape avec Patrick.  Dans ma tête, nous avons 2 bonnes côtes pour sortir de St-Joseph, mais finalement, il n’en avait qu’une seule!  Tout se passe bien. Une grande partie du parcours était sur un circuit que je fais souvent avec le club cycliste de Thetford. L’arrivée à Thetford est digne de mes attentes. Feux d’artifice, comité d’accueil, famille, bref tout est là.  Ma sœur a comploté dans mon dos et a organisé une petite surprise.  Une banderole Lobe de 40 pieds avec 50 personnes ayant des casquettes Lobe. Mes parents, mes enfants, ma famille, mes amis, tout le monde y est. J’ai même une cousine qui se précipite au McDo lorsque j’en formule le souhait. Un roi dans son royaume! Profites-en le gros, ce n’est pas comme ça tous les jours!!! Sitôt arrivé, sitôt reparti. Je salue ma blonde et les enfants que je reverrai seulement à l’arrivée le lendemain soir.  J’essaie de dormir un peu durant le voyagement vers Victo car je roule de nuit avec Carole vers Drummondville.  La nuit est belle. Pas de pluie ni de vent à l’horizon.  Au départ, Carole se retrouve en avant et je la perds de vu. À un moment donné, j’entendais toujours placoter derrière moi jusqu’à ce que la dame demande : « C’est quoi ton nom? » « Moi c’est Carole! » Sacré Princesse! Elle est rendue derrière moi sans que je ne l’aie vu passé et elle parle encore malgré qu’il soit 3h du matin! Elle tisse des liens avec tout le monde. Peu importe l’étape, elle connaît quelqu’un. Nous arrivons à Drummondville plus rapidement que prévu. Il nous demande même de ralentir  sous prétexte que les arches gonflables ne sont pas encore gonflées.  On est hot!  Carole va chercher le déjeuner, on retrouve le VR et préparons Patrick et Menoncle pour un 100 km avec l’ascension du mont Shefford.

Dimanche le 16 juin.  Nous quittons en VR pour Granby. J’essaie encore de dormir. Au total, j’aurai dormi environ 10 heures soit 4 de plus que l’an dernier! Les prévisions météo ne sont pas favorables pour le reste de la journée. Pluie, vent et froid. J’ai sincèrement le goût de rester dans le VR. De plus, Fred a envie de faire la prochaine étape et essaie de me convaincre de rester au chaud.  Lorsque j’ai fait la répartition des étapes, j’ai choisi de faire un certain nombre de km. Ça fait aussi parti du défi de se botter le … et de faire les bouts moins plaisant. J’ai donc enfourché Léo (c’est le nom de mon vélo!) pour le reste de la journée. La ville de Granby nous réservait une petite surprise. Nous avons fait un petit détour à l’intérieur du zoo, une première au GDPL! Ensuite direction Chambly où on retrouvera le reste de l’équipe pour le dernier droit.  Il fait froid. Nous sommes détrempés et gelés.  Arrivés à Chambly, nous avons environ 45 minutes à attendre avant le départ de la dernière étape.  Nous cherchons une source de chaleur et la trouvons collé à l’arrière d’un autocar où le moteur dégage un peu. Le chauffeur d’un camion de ravitaillement nous invite à prendre place dans la cabine pour nous réchauffer, ce que je fais avec Carole. Pas besoin de vous dire que je n’avais pas vraiment le goût de ressortir! Mais bon, il reste 26 km avant la ligne d’arrivée.  Nous roulons tous ensemble sauf Menoncle qui devait conduire le VR jusqu’au Parc Jean-Drapeau. Un fois sur place, ma petite famille m’attendait.  Nous nous retrouvons tous sous une tente, au bord de l’hypothermie à casser la croûte.  Menoncle et moi en profitons pour aller chercher nos médailles et prendre une photo.  Un souvenir mémorable.  Il a littéralement l’air d’un gamin tellement il semble heureux de son aventure.  Nous recommençons la photo avec Carole qui était absente lors de la première.  On se dit au revoir et c’est le retour à Thetford en VR accompagné de mon beau-frère, car 3 heures de route après 485 km de vélo en 60 heures d’aventure, ce n’est pas facile!

Depuis le GDPL, c’est le repos pour ma part. Pas de blessures importantes comme l’an dernier, mais un corps qui avait besoin d’un break.  Dans 2 jours, je retrouve Menoncle et nos vélos. Gageons qu’on va se parler encore longtemps de ce moment comme on en vit rarement.

L'auteure:

 

Dans un objectif de conformité, les termes appareils auditifs sont préférés
à ceux de prothèses auditives.