GDPL : Nouveautés et émotions

6 octobre 2014, par Christophe Grenier

Nous vous proposons de lire le récit de Christophe Grenier, audioprothésiste à Thetford Mines, qui en était à sa troisième participation au Grand défi Pierre Lavoie (GDPL). Pour l’année 2014, de nombreuses nouveautés étaient au rendez-vous! Il nous fait donc part ici de sa préparation pour relever ce défi et du déroulement de celui-ci.

Grand défi Pierre Lavoie

La première nouveauté a d’abord été d’avoir confié ma préparation physique à un entraîneur certifié. Il s’agit de Sylvain Potvin de l’École du vélo située à Saint-Augustin-de-Desmaures. J’ai choisi de m’y inscrire, car j’ai le sentiment d’être arrivé à un point où je n’ai pas les connaissances requises pour m’améliorer.

En tant que capitaine d’équipe et cycliste aguerri, je sais que je vais devoir faire les plus grosses étapes lors du GDPL, d’autant plus qu’il y a trois nouveaux dans l’équipe! Et comme je suis orgueilleux, pas question d’envisager de faire ces étapes à l’aide d’une main dans le dos… C’est ainsi qu’en décembre 2013, j’entreprends ma remise en forme, question de passer à travers les fêtes sans trop de dommages.

C’est en janvier que je commence à suivre un plan structuré incluant des périodes de repos. C’est une adaptation. Premièrement, parce que je remets ma préparation dans les mains d’un inconnu ; ce n’est pas évident. Deuxièmement, parce que sa façon de faire est différente de ce que je connais. Je dois donc mettre de côté ma manière de m’entraîner. Plusieurs questions me viennent alors en tête : est-ce que je serai prêt pour le GDPL? Est-ce que je m’entraîne assez? Pourquoi du repos? Vous connaîtrez d’ailleurs les réponses à mes questionnements un peu plus tard.

C’est donc ainsi que je passe l’hiver à m’entraîner de quatre à cinq fois par semaine, en plus de jouer au hockey. Les premières sorties se déroulent bien, mais ne sont pas tout à fait à mon goût. Il faut dire que mon but en m’inscrivant à l’École du vélo est d’être capable de monter des côtes à un bon rythme, et ce n’est pas encore le cas. Je ne veux surtout pas me retrouver dans ce que l’on appelle l’autobus de la honte durant le GDPL!

Je multiplie donc les sorties avec mon instructeur. J’observe, j’assimile les trucs et les conseils. Ce n’est q d’ailleurs que deux semaines avant le GDPL que j’ai pu réellement constater ma progression, et ce, lors d’une sortie avec des amis duClub cycliste de Thetford Mines. En effet, Nous sommes allés à Stratton aux États-Unis rouler un 100 kilomètres sur une route parsemée de vallons. Sur le chemin du retour, je m’étais placé troisième dans le groupe le plus rapide. La consigne était de passer le relai à tous les kilomètres pour garder ainsi un bon rythme et une bonne vitesse. Il restait 12 kilomètres à faire avant la frontière du Canada. Premier relai, deuxième relai, j’étais maintenant à l’avant et j’y suis resté jusqu’à la fin; les gars derrière étaient incapables de me suivre. C’est à ce moment que j’ai senti que ma préparation et la confiance que j’ai mise en l’École du vélo avaient porté leurs fruits : je suis prêt pour le GDPL 2014!

D’autres nouveautés

Comme mes anciens coéquipiers, Frédérick Hélie, François Parent et Patrick Savard ont cédé leur place à Simon Darveau, Serge Principe et Martin Cousineau, je me retrouve donc avec une nouvelle équipe! Une chance que notre princesse, Carole Girard, et mon oncle, mieux connu sous le nom de Menoncle, sont de retour!

Pour Martin et Serge, c’est une initiation au vélo. Pour Simon, c’est un retour. À l’exception de Carole, je n’ai aucune idée de leurs capacités et eux aucune idée du degré de difficulté d’un GDPL. C’est pratique pour faire la répartition des étapes…En plus, comme Carole s’est blessée quelques semaines avant le GDPL, nous n’avons jamais roulé les cinq ensemble durant notre préparation. Nous n’avons fait qu’une seule sortie à quatre sur un parcours plat. j’en ai alors profité pour les observer afin d’établir les capacités de chacun,. À ce moment, j’ai constaté qu’ils avaient tous très bien travaillé durant l’hiver pour être prêts à relever le défi.

Parmi les nouveautés cette année, il y a le départ du GDPL qui se fait le jeudi sur l’heure du souper plutôt que le vendredi matin. Nous partons donc le mercredi du siège social de Lobe vers Chicoutimi où nous dormons avant le jour « J ». Je revois dans le visage des nouveaux l’excitation de la première fois et la nervosité qui vient avec. Souper d’équipe, au lit tôt, c’est la recette habituelle!

Jeudi 12 juin

Avant de nous rendre à La Baie pour l’inscription, nous allons manger un bon déjeuner chez Cora afin de faire le plein de glucides en prévision de notre grosse fin de semaine. Nous arrivons donc au Palais municipal de La Baie : mesure du VR, inscription, vérification des fiches d’équipe, prise de photo, remise des maillots, massage, réunion; bref pas le temps de s’ennuyer!

Vers 15 h 30, on se dirige vers le quai où a lieu le départ. Souper de pâtes alimentaires avant le coup d’envoi des 1000 cyclistes qui font un petit tour de reconnaissance dans La Baie avant de se diviser. Les nouveaux font la première étape jusqu’à Laterrière.

Rappelez-vous les conditions dans lesquelles nous avions terminé l’an dernier : pluie, froid… un temps de chien! Eh bien, on reprend exactement là où on a laissé! Petite entrevue pour TVA au passage; on prend position sur la ligne de départ. Les CF-18 sont au rendez-vous et c’est parti pour 1100 kilomètres en 70 heures.

Le trajet nous ramène au Palais municipal où Carole et moi allons rejoindre Menoncle, notre fidèle chauffeur. Nous nous dirigeons vers Laterrière pour nous préparer à la prochaine étape : l’ascension du parc des Laurentides. C’est l’étape que je redoute depuis trois ans. C’est mon défi dans ce défi et… c’est par elle que je commence!

Pendant que nous attendons l’arrivée des 600 cyclistes qui sont présentement en route, j’ai la nervosité dans le tapis en pensant à la nuit qui m’attend. Les membres de notre équipe arrivent avec le sourire. Martin me dit qu’il ne l’a pas trouvé facile. Pour être franc, j’ai eu peur à ce moment-là, car c’était une étape de niveau un. J’avoue avoir pensé qu’il allait trouver la fin de semaine longue.

Vers 20h30, c’est un départ : 96 kilomètres jusqu’à L’Étape! C’est la plus grosse ascension de tout le défi. Il fait froid. Pour l’instant, il ne pleut pas, mais ce n’est qu’une question de temps. Je suis donc habillé avec plusieurs couches pour essayer de me garder au sec le plus longtemps possible. Si vous n’avez jamais fait cette route, sachez que les côtes ne sont pas des plus abruptes, sous les 10 % d’inclinaison, mais elles s’étirent sur plusieurs kilomètres.

Déjà dans la première montée, certains cyclistes démontrent des signes de difficulté. Pour ma part, j’ai très chaud. Si ma mémoire est bonne, j’ai quatre couches de vêtement et des gants longs. La température annoncée est de 8° C avec de la pluie. Comme prévu, il commence à pleuvoir. Même si c’est une mauvaise nouvelle, je suis content, parce que c’est rafraîchissant : les côtes nous réchauffent et la pluie nous refroidit. Ma lumière ne fonctionne pas toujours, si bien que je me retrouve dans le noir complet à la poursuite du peloton avant qui, lui, a distancé le peloton dans lequel je suis. Rouler dans le parc des Laurentides à la pluie, au froid et dans le noir : méchant feeling!

À la sortie d’un tournant, nous apercevons L’Étape. À ce moment, je me dis : « J’ai réussi le PARC! » Non seulement je l’ai fait, mais je l’ai fait sur la grosse gear  (il y a deux plateaux avant sur notre pédalier : le petit sert à mouliner plus vite, mais plus facilement, et le gros demande plus de force). Je suis très fier de ma réussite. Carole aussi a réussi son défi. Il faut dire que durant cette étape, il a fait tellement froid que même Pierre Lavoie a dû regagner ses quartiers, car il souffrait d’hypothermie. Alors que Simon prend place pour le départ vers Stoneham, Carole et moi rejoignons le VR : douche, bouffe et départ pour la prochaine destination.

Je suis le copilote de notre VR, mais j’avoue ne pas être très efficace tellement je suis fatigué. Nous arrivons à Stoneham au petit matin. Ensuite, nous nous dirigeons vers Saint-Georges pour le déjeuner et un peu de repos. Je n’arrive pas vraiment à dormir. J’ai mal au cœur tellement je suis brûlé. Simon a heureusement apporté avec lui des comprimés de Gravol.

Karl Drouin, mon ami et associé de Saint-Georges, est venu nous voir dans le VR avant sa journée. Les petites visites comme celle-là font un grand bien aux membres de l’équipe, car nous nous sentons soutenus dans notre défi.

Vendredi 13 juin

Maintenant, direction Lac-Mégantic. Mes coéquipiers et moi savons que Lac-Mégantic sera un moment émouvant lors du parcours du GDPL. Les prochains à prendre le départ sont Carole et Serge. Il pleut encore… C’est maintenant au tour de Paul Fontaine, associé de Lac-Mégantic, de venir nous rendre visite.

Comme je dois reprendre la route avec Simon vers Asbestos, nous allons dîner au centre sportif de Lac-Mégantic. À l’intérieur, une murale dédiée aux 47 disparus lors de la tragédie de juillet 2013 est érigée. C’est tellement touchant que j’en ai une boule dans la gorge.

Pour l’arrivée des cyclistes à Lac-Mégantic, la famille de Carole est présente. Bien que le temps soit menaçant, il ne pleut pas, mais il vente beaucoup. Une allée d’enfants accueille les 400 braves qui arrivent de Saint-Georges. Tant qu’à moi, je me concentre sur ma deuxième étape qui est le second plus grand dénivelé du défi. Je sais que ça ne sera pas facile! Je tiens quand même à la faire parce que le parcours passe par « che nous » comme on dit. Je risque d’avoir de la famille le long du trajet pour m’encourager. Je roule avec Simon;  il pleut pour faire changement…

En arrivant à Stratford, mon père est présent pour me supporter. Il a même pris le temps de me faire un thermos de chocolat chaud, mais n’ayant pas le temps de m’arrêter, je n’ai malheureusement pu profiter de son attention. Un peu plus loin, mes grands-parents sont sur le coin d’une rue et essaient de retenir leur manteau sur leur tête tellement il vente. Ils ont fait le pied de grue pendant des heures pour nous voir passer.

On se dirige vers Asbestos. Le parcours est très différent de la veille. Les côtes sont plus courtes, mais beaucoup plus abruptes. Néanmoins, je suis encore sur la grosse « gear ». À sept kilomètres de l’arrivée, mon pneu avant éclate. C’est la première fois en trois GDPL que je fais une crevaison. Je dois monter dans l’autobus réparant les bris mécaniques. À ne pas confondre avec le véhicule de la honte! Les mécanos ne peuvent pas me permettre de reprendre la route, car le pneu est fendu, pas seulement la chambre à air. C’est donc à pied que je franchis l’arche d’arrivée.

Le contraste entre la chaleur de l’autobus et le froid qui sévit à l’extérieur est tel que je tremble de façon incontrôlable pendant que je marche. Heureusement, mon équipe me repère rapidement. On s’occupe de me ramener au VR. Menoncle change mon pneu. Je prends une douche chaude et un bon repas. À ce moment, mon niveau d’épuisement est supérieur à tout ce que j’ai ressenti jusqu’à présent lors de mes trois GDPL et nous ne sommes que vendredi! J’ignore comment je ferai pour tenir les deux autres jours.

Après avoir donné des nouvelles à ma famille, je tombe dans un sommeil profond. Je sais que nous devons repartir pour Plessisville et ensuite vers Québec, mais je n’ai connaissance de rien! Je me réveille seulement une fois arrivé à Québec quand Menoncle vient se coucher.

Samedi 14 juin

C’est l’anniversaire de Samuel, mon plus vieux. Il est « chez ma mère » avec Christine, ma conjointe, qui se prépare d’ailleurs à venir faire « La Boucle » avec nous : 135 kilomètres sous la pluie.

À ce moment, mes plus grosses étapes sont derrière moi. Je vais donc prendre ça « relax » pour le reste du défi. Mon but est que ma blonde termine la Boucle. Elle n’a jamais fait une distance pareille. On roule donc côte à côte tout le long. À Saint-Gilles, on prend même une petite minute pour embrasser nos enfants qui sont venus nous encourager. J’ai donc pu souhaiter bonne fête en personne à mon fils. J’en suis très heureux : ne pas avoir pu le faire aurait été difficile pour moi.

Christine commence toutefois à montrer des signes de fatigue. Lorsque nous nous arrêtons au Ravit-eau, elle éprouve des étourdissements et elle a de la difficulté à se maintenir debout. Quand elle roule, pas de problème. Si le parcours présente un dénivelé, je lui offre de l’aide en la poussant à l’occasion. Finalement, elle y arrive. C’est une belle victoire pour elle et j’en suis très fier.  Malheureusement, je n’ai pas le temps de célébrer cette réussite, car je dois être sur la ligne de départ pour l’étape suivante.

Petit tour au VR pour me changer, me mettre au sec et manger un peu avant de rejoindre Simon : destination Donnacona. C’est un parcours que je connais, car je l’ai fait lors de mes entraînements avec l’École du vélo; donc pas de souci en vue. Arrivé à Donnacona, mes beaux-parents et l’oncle de ma conjointe sont venus me faire une surprise. Je suis bien content de les voir et de jaser un peu avec eux avant de repartir pour Shawinigan. J’en profite alors pour dormir un peu avant de reprendre la route jusqu’à Nicolet, qui est la dernière étape de nuit de cette édition du GDPL.

Dimanche 15 juin

Je me réveille, mange une bouchée et m’habille, car je dois faire les deux dernières étapes avec Simon. Surprise : il fait soleil! Après trois jours de froid et de pluie, ça fait du bien!

Nicolet-Boucherville, c’est pour moi l’étape la plus rapide de ce défi avec une vitesse moyenne annoncée de plus de 32 km/h. Ça semble lent, mais maintenez cette vitesse sur plus de 120 kilomètres! Les premiers 40 kilomètres sont pénibles. Un vent latéral rend la chose difficile. Je change de place avec Simon qui est au centre du peloton afin de me protéger du vent. Heureusement, après 60 kilomètres je retrouve mon souffle. On termine cette étape en beauté. La foule à Boucherville est bruyante!

Les membres de mon équipe et moi nous nous retrouvons pour l’étape finale : un tour d’honneur. D’ailleurs, toute l’équipe a très bien réussi le GDPL. Les nouveaux ont relevé le défi avec brio. Comme capitaine, je suis très fier!

Le coup d’envoi est donné pour la rentrée à Montréal. Les 1000 braves sont sur la route. Le parcours fait un crochet sur l’avenue Mont-Royal où une fête avec de la musique, des percussionnistes et une foule nous attendent. C’est un réchauffement avant l’arrivée au Stade olympique.

À l’approche du Stade, j’aperçois ma conjointe et nos trois enfants. Comme chaque année, ils sont au rendez-vous après avoir accepté toutes mes absences pour me préparer à cette fin de semaine. Aussitôt arrivé sur l’esplanade, ils viennent me rejoindre en courant. C’est toujours le plus beau moment du défi!

Au total, j’ai parcouru environ 560 km. J’ai réussi les étapes qui me faisaient peur et j’ai même aidé des cyclistes pendant ces étapes. Je peux fièrement dire : « défi réussi »!

Un gros bravo à mes coéquipiers : vos efforts ont été récompensés. Un énorme merci à Pierre Lacroix, mieux connu sous le doux nom de Menoncle, pour son dévouement auprès de l’équipe. Grâce à lui, l’équipe a toujours pu retrouver le VR, manger à sa faim et se reposer. Dans quelques mois, on reprendra l’entraînement pour la prochaine édition. D’ici là, gardez la forme!

L'auteure:

 

Dans un objectif de conformité, les termes appareils auditifs sont préférés
à ceux de prothèses auditives.