Christophe Grenier, capitaine de l’équipe Cycl-​ORL au GDPL

13 août 2015

Grand défi Pierre Lavoie

Le goût du dépassement : conversation avec Christophe Grenier, capitaine de l’équipe Cycl-ORL et audioprothésiste exerçant à la clinique Lobe de Thetford Mines

Combien d’heures d’entraînement à vélo t’ont été nécessaires pour bien te préparer?
Généralement, on parle d’environ 7 heures de vélo par semaine. Dans les dernières semaines précédant l’événement, on intensifie les longues sorties, de façon à être en mesure de faire des sorties de 3-4 heures pendant 2 jours consécutifs. Les dernières semaines sont donc un peu plus exigeantes. Personnellement, j’aime bien commencer ma préparation vers les mois de novembre ou décembre.

Que trouves-tu le plus exigeant : la préparation ou le défi en tant que tel?
La préparation! Le défi, ce n’est que la récompense pour toutes les heures consacrées à me préparer.

Si l’on compte l’édition 2015, combien de fois as-tu complété le Grand défi Pierre Lavoie?
En 2015, c’était ma 4e participation.

Qu’est-ce qui te motive à répéter l’expérience d’une année à l’autre?
Premièrement, c’est une motivation pour garder la forme d’une année à l’autre.

Deuxièmement, mon implication auprès des jeunes de l’École oraliste pour enfants malentendants et sourds et de voir la différence qu’on peut faire pour ces jeunes-là est une motivation en soi.

Troisièmement, l’expérience du Grand défi comme telle est indescriptible. Il faut l’avoir vécue pour le comprendre. C’est quelque chose qui nous pousse à aller au-delà de ce qu’on croyait être nos limites. On en retire des bienfaits énormes, tant au niveau de la forme physique que du « dépassement de soi ».

Après ça, on réalise qu’on est capable de faire des choses que l’on croyait impossibles, même quand on a plus d’énergie, qu’on est au bout du rouleau. Pour toutes ces raisons-là, c’est un défi très particulier.

Combien de kilomètres et d’heures as-tu roulés cette année pendant le GDPL?
Environ 475 km, pour un total d’environ 20 heures. J’en ai fait un petit peu moins que prévu, parce que la fatigue m’a forcé à en déléguer une petite partie à un coéquipier.

J’imagine que les étapes se suivent, mais ne se ressemblent pas?
Exactement. Pour certaines étapes, on y va beaucoup plus lentement. Par exemple, j’ai fait la Boucle avec ma conjointe; je l’ai accompagnée tout le long et nous avons roulé à 23 km/heure en moyenne, tandis que l’étape du dimanche matin, on l’a roulée à environ 32 km/h!

D’un point de vue extérieur, la formule et le parcours de chaque édition se ressemblent beaucoup. Mais toi, qu’y vois-tu de différent?
En fait, le trajet est toujours différent. Le seul point commun de chaque édition est que le départ se fait toujours du quai à La Baie, et que l’arrivée a toujours lieu à Montréal. Le restant du parcours est toujours différent. Oui, on passe souvent par la Réserve faunique des Laurentides, l’Étape et tout ça, mais c’est déjà arrivé qu’on passe par La Tuque et le Parc national de la Mauricie. On a déjà aussi fait le tour complet du lac St-Jean avant de prendre la direction de Québec.

Cette année, c’était une première, on a visité le Bas-Saint-Laurent. On est passé par la Réserve faunique des Laurentides la première nuit, pour ensuite se diriger en VR jusqu’à Rivière-du-Loup. On s’est rendu jusqu’à Rimouski et on a fait demi-tour pour ensuite suivre la route 132 jusqu’à Montréal. On essaie de visiter de nouvelles régions et de nouvelles villes chaque année pour encourager les jeunes qui ont ramassé des cubes énergie et pour encourager les municipalités à prendre un virage santé.

À quoi penses-tu pendant les étapes?
J’essaie de rester bien concentré sur ce qui se passe devant moi, parce qu’avec 400 cyclistes qui roulent en même temps, avec une distance d’environ 30-45 cm entre les roues de chaque vélo, ça ne prendrait pas grand-chose pour causer un méga carambolage.

Selon le moment de la journée et la météo, on essaie de profiter du moment présent et du paysage. On essaie de jeter un œil rapidement…

Par contre, pendant une étape difficile, une étape de nuit ou lorsque la température est exécrable, je reste concentré au maximum et je t’avouerai que je ne pense pas à grand-chose d’autre que de pédaler un pied à la fois en restant concentré pour pouvoir anticiper les moindres réactions du peloton et réagir adéquatement moi aussi.

Au fil des GDPL, qu’as-tu appris sur toi que tu n’aurais jamais soupçonné?
J’ai appris que je suis capable de me dépasser. Je me rappellerai toujours de la première année où j’ai participé au Grand défi. J’avais regardé un reportage à Découverte sur le Grand défi et la préparation nécessaire, comment les gens en arrivaient là et je me suis dit : « Mon dieu, je ne serai jamais capable d’y arriver! ».

J’ai même perdu 27 livres dans le processus de préparation de mon premier Grand défi! Donc, ça m’a appris que les limites que l’on a sont celles que nous nous imposons, parce qu’en réalité, on en a pas de limites. Comme disent les hockeyeurs, il suffit d’« élever notre jeu d’un cran », de se montrer discipliné et persévérant dans tout ce qu’on entreprend et on peut arriver à n’importe quoi.

Le côté plus sombre de tout ça, c’est que je suis devenu un peu plus intolérant face aux gens qui ne font pas preuve de persévérance et qui ne font que se plaindre dans la vie. Ça me dérange un peu plus, parce que je sais que ces gens-là sont capables, mais eux ne le savent pas encore.

Dans le fond, ça t’agace de voir que les gens s’imposent des limites et se contentent de ça…
Oui, exactement.

Toutes les régions du Québec sont belles, on le sait bien, mais y a-t-il un paysage qui t’émeut plus que les autres sur le trajet emprunté par le peloton?
Ce ne sont pas tant les paysages que l’événement comme tel. C’est l’arrivée à Montréal, quand les 1000 cyclistes arrivent en même temps après cette fin de semaine là – qui peut avoir été plus ou moins éprouvante selon les éditions. Je pense à l’édition de 2014 notamment, qui a été exécrable côté température…Mais peu importe, chaque arrivée à Montréal est la consécration d’un gros week-end d’efforts, oui, mais aussi de 6-7 mois de préparation.

Je dis toujours que c’est l’étape la plus courte du parcours, mais aussi la plus stressante, parce que malheureusement, des crevaisons surviennent aussi pendant cette étape-là, et chaque année, j’ai peur de ne pas entrer avec les autres cyclistes à bon port pour entendre les applaudissements et les cris de la foule, d’être là, de chercher ma conjointe et mes enfants à travers la foule et de voir leur visage s’éclairer quand ils me voient. Ça, c’est vraiment ce qui vient me chercher.

Dans le fond, ce moment-là représente le couronnement de tous tes efforts, c’est la cerise sur ton gâteau?
Ça ne serait pas complet sans ça, non.

Si je te demande de décrire ton expérience 2015 en 2 mots, quels seraient-ils?
Accomplissement et esprit d’équipe.
L’accomplissement, parce qu’en janvier dernier, j’avais de la difficulté à marcher et je m’étais fixé comme seul objectif d’être en mesure de réussir mon Grand défi, alors c’est une réussite pour moi.

Ensuite, l’esprit d’équipe qui régnait, parce que malgré le fait que l’équipe comptait de nouveaux membres, nous avons vécu une belle collaboration tout au long de la fin de semaine.