Entrevue avec Marie-​Christine Depestre : 30 ans, resplendissante !

25 septembre 2012

Marie-Christine Depestre

Comment devient-on chanteuse ?

Dès l’âge de 5 ans, j’ai suivi des cours de piano classique qui se sont poursuivis pendant plus de 14 ans. Très timide, la musique était pour moi une façon de m’évader, de rêver que je deviendrais un jour une chanteuse professionnelle; un rêve comme celui de vouloir se marier avec le Prince charmant.

Par la suite, au niveau secondaire, j’ai joué dans plusieurs productions scolaires. J’ai participé ensuite au Chœur Gospel de Laval dirigé par Gregory Charles. Grégory m’a mise en avant en tant que soliste. À partir de ce moment, quelque chose a changé dans ma tête; cette reconnaissance m’a confirmé que j’avais le talent pour vivre de ce métier. Grégory m’engagea d’ailleurs pour plusieurs contrats par la suite.

À l’université, je me suis inscrite en actuariat. Juste avant le retour en classe pour ma deuxième année, j’ai reçu un appel m’annonçant que j’étais choisie pour jouer dans la comédie musicale Génération Motown. Je me rappelle m’être dit : si j’ai cette audition, c’est un signe. À 20 ans, j’ai donc annulé tous mes cours et je me suis lancée dans l’aventure.

Quels sont tes liens avec DJ Champion et Corey Hart ?

En 2007, j’ai auditionné pour devenir la nouvelle chanteuse de DJ Champion. Je suis restée avec lui jusqu’en 2009. Au même moment, j’ai chanté dans la revue musicale québécoise Soul City. Michael Litresits, directeur musical du spectacle, savait que Corey Hart cherchait un artiste pour sa propre étiquette : Siena Records, distribuée par Warner Music Canada. Micheal lui a donc envoyé mon démo et voilà que les portes se sont ouvertes vers cette nouvelle opportunité.

J’ai alors quitté DJ Champion pour me consacrer à mon album Walk In Beauty qui a pris quatre ans à réaliser. Je me sens privilégiée de travailler avec Corey Hart. C’est un artiste de grand talent. Mon prochain album verra le jour en 2013, j’y travaille fort actuellement !

Quelle est l’importance de l’audition lorsque vous faites une carrière musicale ?

Pour moi, avoir une bonne audition est capital et j’en suis consciente. L’ouïe est un sens fragile et combien précieux. Malheureusement, peu de gens du domaine sont vraiment sensibilisés.

J’ai été choyée de mon côté, car le directeur musical de Génération Motown nous a obligés à porter des bouchons IN EAR. C’est un outil de communication qui est utilisé dans le but de permettre au directeur de te parler lorsque tu es sur scène et également d’entendre les instruments qui sont produits à l’ordinateur. Au début, je me suis sentie isolée des autres, voire même bizarre. Mais j’ai appris à entendre les détails de la musique et surtout à avoir la musique moins forte autour de moi.

Je crois que les techniciens du son sont les personnes le plus à risque. Ils sont constamment en lien avec des sons forts. Il est important d’en parler. Plus les gens seront conscientisés, plus ils protégeront leurs oreilles.

Qu’aimerais-tu passer comme message aux jeunes ?

J’aimerais que les jeunes comprennent que mettre le volume très fort pour écouter de la musique, ce n’est qu’une habitude; comme manger super salé. Pour vraiment apprécier votre musique, offrez-vous le luxe de baisser le volume. C’est à ce moment que vous arriverez à percevoir toutes les subtilités de la composition musicale et des instruments dosés et pensés en studio. C’est comme ça qu’on ressent tout le mélange  qui fait que la musique nous fait vibrer.

Parle-nous de Ginette Reno

J’ai eu le bonheur de chanter avec Ginette Reno qui a perdu 85 % de son audition. Elle a des appareils auditifs haut de gamme et lorsqu’elle est sur scène, elle y est à 100 % et personne ne pourrait déceler qu’elle a une perte auditive.

Pourquoi avoir choisi d’écrire tes propres chansons et ta propre musique ?

En fait, j’ai toujours écrit. Quand j’étais petite, j’étais gênée, introvertie, réservée. Je n’avais pas beaucoup d’amis. La musique m’a accompagnée. La musique est devenue mon amie. Je faisais mon propre karaoké, j’inventais. L’écriture, c’était comme une forme de thérapie, pour m’évader. Un jour, Corey Hart m’a dit que je devais le faire. C’était peut-être le petit coup de pouce qui me manquait pour me lancer vraiment.

Je suis actuellement en écriture à Québec et je me sens bien dans cette ville, loin de ma routine, de mes inquiétudes. Je suis à l’écriture de mon deuxième album et je veux le sortir plus rapidement que le premier. Le temps passe à une vitesse folle et je me sens évoluer au même rythme. Il faut battre le fer pendant qu’il est chaud !

Comment les artistes arrivent-ils à vivre de leur musique ?

Une chose est certaine, choisir de faire carrière en musique, c’est aussi vivre en s’adaptant continuellement. Il est important de se bâtir un réseau pour être au courant de toutes les opportunités qui sont latentes. Avant de rencontrer Corey Hart, j’ai travaillé avec plusieurs artistes, j’ai participé à plusieurs émissions de télévision. Par exemple, chaque semaine, je devais apprendre une dizaine de chansons différentes, souvent dans diverses langues. Ce qui est bien, c’est que c’est un défi continuel. Et je le fais toujours.

J’ai également adoré travailler avec Daniel Bélanger; c’est un artiste très drôle et j’apprécie énormément sa musique. DJ Champion, par exemple, est devenu rapidement un ami et j’aime encore autant chanter avec lui.

Bien que j’aie l’opportunité de créer mes propres albums, j’adore aussi travailler en studio avec des artistes. Ma voix devient alors un instrument. Je dois m’ajuster, devenir un accompagnement musical au même titre que le violon, la guitare, etc. C’est aussi l’occasion de rencontrer, de partager, de collaborer, d’échanger avec des artistes  différents. C’est un enrichissement continuel. 

Que penses-tu de l’évolution de la musique avec Internet ?

Je crois que les CD sont en voie de disparaître. Les spectacles prendront dorénavant une ampleur beaucoup plus importante. Avec l’arrivée d’Internet et de tous les groupes qui naissent chaque jour, il est primordial d’être créatif si on veut se faire connaître.

Actuellement, je n’ai pas d’agent ou de gérant. J’organise et je gère ma carrière avec mon conjoint. C’est diriger aussi une entreprise avec tous les aspects administratifs que cela implique. Peut-être mon côté actuaire.

Quels sont tes plus grands rêves ?

J’ai sorti mon premier album, je travaille à la réalisation de mon deuxième, mais je ne suis jamais partie en tournée avec mon « Band ». C’est mon plus grand rêve actuellement. J’aimerais avoir la chance de parcourir le monde et de partager ma musique avec ces musiciens extraordinaires qui sont aussi mes amis ! Comme le domaine bouge beaucoup, j’aimerais pouvoir partir en tournée avec tous mes musiciens avec qui je partage ma passion.

Actuellement, j’envoie mes chansons à travers le monde. Il y a tellement de vitrines et il  n’y a pas de frontières pour la musique. Je sème des graines partout ! J’ai aussi commencé à utiliser les médias sociaux pour garder contact avec mes « fans ». Par contre, j’adore le contact en personne. J’imagine que de là vient mon besoin de partir en tournée ! Enfin, j’ai également des projets de spectacles que j’aimerais réaliser avec mon conjoint. 

Parle-nous de ton voyage en Haïti

Aller en Haïti, c’est le début d’une grande histoire d’amour ! Mes parents sont tous les deux natifs d’Haïti. Ils se sont rencontrés à New York et ont décidé de s’établir au Québec. Grâce à eux, je parle le français, l’anglais et le créole.

Depuis que je suis enfant je rêve de visiter ce pays où mes parents ont leurs racines. J’avais le goût de mettre en images ce qu’ils me racontaient, je voulais voir d’où ils venaient pour mieux les comprendre et mieux me comprendre moi. À 30 ans, je me suis offert ce cadeau merveilleux. Je voulais toucher à ces épices créoles qui font partie de moi ! Et je suis tombée amoureuse d’Haïti. Maintenant, je sais que je veux partager cette culture avec notre fils, qu’il connaisse lui aussi ce pays extraordinaire et chaleureux !

Comment vois-tu l’arrivée de votre enfant et la poursuite de ta carrière ?

J’attends notre fils au mois de novembre et je suis certaine que cela va bien aller. Il y a plein d’artistes qui ont des enfants et qui poursuivent très bien leur carrière. Comme mon conjoint est aussi dans le domaine, nous tenons à ce que notre fils partage notre vie un peu bohème. C’est un milieu où il faut sans cesse s’adapter et je suis convaincue que ce sera bon pour lui.

Un merci sincère à Marie-Christine pour cette entrevue généreuse !

Pour tout savoir sur la carrière de Marie-Christine Depestre, visitez son site Internet : mariechristinemusic.com ou suivez-la sur Facebook, Twitter.

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Sabrina Grégoire
Rédactrice en chef