Édith Butler : raconter avec passion

13 décembre 2017

 

 

 

 

 

 

 

Qu’est-ce qui vous a amenée à faire carrière en musique, particulièrement en folklore?
Je criais tellement fort quand je suis née que la sage-femme a dit à ma mère : ça va être une chanteuse! Ma mère est musicienne : elle joue du piano et elle chante. Mon enfance a été bercée par de la musique tous les jours, par le piano en plein milieu du salon. Quand j’ai commencé ma carrière, j’ai continué ce que je faisais déjà à la maison : de la musique traditionnelle.

Vous avez chanté sur de nombreuses scènes. Y a-t-il un endroit où vous avez préféré offrir des prestations? 
Le public est partout pareil! Qu’il soit français, belge, québécois, acadien, japonais, américain ou canadien-anglais, le public t’accueille quand tu lui parles avec ton cœur. Aujourd’hui, les 50 ans et plus se rallient beaucoup à moi.

Quel conseil auriez-vous à donner aux femmes de 50 ans et plus?
Se tenir droites! Beaucoup de femmes se tiennent les épaules basses. Se dire : « Je me sens bien, je me sens forte, je me sens formidable! ». Mon père venait nous réveiller et nous disait ça. Il nous le répétait jusqu’à ce qu’on se lève!

Quand vous alliez au Japon, chantiez-vous en français?
Oui, tout le temps! Ils ne comprenaient rien, mais ils aimaient ça quand même, ça bougeait! C’était comique parce que nous, après un spectacle, on salue, mais au Japon, à l’époque, c’était eux qui saluaient! Le public se levait et me saluait. J’ai adoré le Japon, c’était tellement beau et respectueux. Ils te saluent parce qu’ils pensent que tu es quelqu’un d’important. Moi, je pensais que l’autre était plus important, alors je saluais plus bas. Mais l’autre saluait plus bas encore! Des fois, on était quasiment rendus par terre!

Était-ce une façon de faire voyager la culture acadienne?
C’est peut-être une des raisons pour lesquelles j’ai quitté l’Acadie assez jeune. J’ai toujours vécu au Québec ensuite, mais j’ai souvent dû défendre cette culture dans des coins de pays où elle était méconnue. Ça n’a fait que renforcir mon appartenance culturelle. Il y a plus de 4 millions de descendants d’Acadiens au Québec. Je ne me retrouve plus vraiment dans un pays étranger, je suis une Acadienne parmi tant d’autres Acadiens au Québec!

Êtes-vous encore proche de la nouvelle génération acadienne?
Très proche! Le prix Édith Butler est remis par la Société professionnelle des auteurs et des compositeurs du Québec (SPACQ) à des jeunes de partout au pays. J’ai donné 14 prix, notamment au groupe Radio Radio, à Lisa LeBlanc, à Joseph Edgar. Je les appelle mes bébés, ils sont tellement bons!

En 2009, vous avez gagné le prix du Gouverneur général pour les arts du spectacle. Qu’est-ce que ça vous a fait de gagner un tel prix?
J’étais très contente parce que c’était le premier prix en argent que je gagnais. J’avais déjà remporté beaucoup de prix et de médailles, mais jamais de prix en argent. Avec le prix du Gouverneur général, j’ai pu faire mon album Le retour.

Où trouvez-vous l’inspiration pour vos chansons?
La majorité des chansons que j’écris, c’est ma vie, tout simplement. Comme quand je donne des conférences, je raconte des histoires, je ne sais pas d’avance ce que je vais dire.

Vous avez une perte auditive depuis votre enfance?
Mon arrière-grand-père était sourd, muet et avait une jambe de bois. J’ai été chanceuse, je suis juste dure d’oreille!

Avez-vous des appareils auditifs depuis que vous êtes petite?
Non, c’est assez récent. Tout le monde me disait : « Tu as brisé tes oreilles sur scène! », mais je ne crois pas. Quand j’ai passé un test, on m’a dit que ce n’était pas l’oreille interne, mais l’oreille moyenne. Mes osselets collent ensemble et ne fonctionnent plus, ne peuvent plus bouger. On m’a dit que c’était génétique. C’est comme ça que j’ai découvert l’histoire de mon arrière-grand-père.
Je pouvais soit me faire opérer, soit avoir des appareils auditifs. J’ai choisi les appareils auditifs, ça ne me tentait pas d’avoir de la microchirurgie dans les oreilles! Et il aurait fallu que je passe trois mois sans prendre l’avion, alors que je vais assez souvent à Moncton. J’ai donc pensé que je serais mieux avec des appareils auditifs. Tu entends vraiment tout autour de toi!

Est-ce que ça a une influence quand vous chantez?
Je ne les mets pas pour chanter, ce serait trop agressif. Quand la batterie commence à jouer dans mon dos, je préfère ne pas avoir mes appareils auditifs.

Vous n’arrêterez jamais de chanter et de raconter, n’est-ce pas?
Ça a toujours fait partie de ma vie. Que je sois connue ou non, qu’il y ait des hauts ou des bas. Je continue de chanter, de raconter des histoires, mon histoire.

Et votre chant continuera d’ensoleiller nos journées! Merci pour cette entrevue!