BRUIT : la modération a bien meilleur goût !

15 mai 2008, par Martin Fortin

BRUIT : la modération a bien meilleur goût !

On entend souvent parler de l’héritage que l’on veut laisser aux générations qui nous suivent. C’est louable. Et si on discutait un peu d’environnement sonore ?

Le bruit est un véritable problème de santé publique. Nous ne sommes pas tous égaux devant cet agresseur. Certains sont plus vulnérables que d’autres. Des séquelles peuvent apparaître après une seule exposition pour l’un (acouphène, hyperacousie), alors que plusieurs années d’exposition seront nécessaires pour un autre.

Saviez-vous que le bruit, outre son effet sur l’audition, peut entraîner l’hypertension artérielle, les troubles cardiaques, les troubles du sommeil, de la concentration et l’augmentation de l’hormone du stress dans le sang ?

Parler de calamité vous semble exagéré ? Pourtant, toutes les étapes de la vie sont affectées par l’omniprésence de bruit. Le risque commence chez le fœtus alors qu’il y a possibilité d’atteinte à l’audition si la mère est exposée au bruit. Des niveaux excessifs de bruit sont enregistrés dans les garderies (parfois à plus de 90 dB !). En milieu scolaire d’âge primaire, certaines conditions de bruit peuvent nuire aux apprentissages, car le système auditif est encore immature. Des enseignants en éducation physique développent une surdité due au cumul d’expositions au bruit dans les gymnases.

À l’adolescence, la mode des Ipod et MP3 avec écouteurs insérés est une menace à l’audition, tout comme la fréquentation régulière de bars, de rave et de spectacles où l’ambiance sonore est potentiellement dommageable.

À l’âge adulte, alors que plusieurs sont exposés au bruit industriel au travail, le bruit environnemental urbain peut également affecter la qualité du sommeil. Ajoutez à cela des loisirs bruyants la fin de semaine, qui empêchent un repos sonore suffisant, et le bruit des véhicules de toutes sortes (autobus, trafic routier, motoneige, VTT, motomarine) pour que nous éprouvions, sans l’ombre d’un doute, des effets néfastes sur notre qualité de vie.

La surdité due au bruit dépend essentiellement de la «dose» reçue. Le calcul de cette dose est déterminé par la force du bruit (en dB) et sa durée.

Au-delà de 75-80 dB, les sons ont le potentiel d’entraîner une fatigue auditive :

  • Le son nous paraît alors feutré;
  • Il faut que les gens parlent légèrement plus fort pour qu’on le comprenne;
  • Une sensation d’oreille pleine et/ou de bourdonnement dans les oreilles sont également possibles.

La fatigue auditive est le stade qui précède la perte auditive permanente. C’est votre indice qu’il est grand temps de se reposer du bruit !

Un son de 105 dB (ex. : baladeur à volume maximum) peut entraîner une fatigue auditive après seulement quelques minutes d’écoute ! Le repos sonore doit généralement être au moins deux fois plus long que le temps d’exposition au bruit.

De manière générale, lorsqu’il faut crier pour se faire entendre, il y a dépassement des niveaux sécuritaires pour l’audition. Collectivement, une prise de conscience s’impose.

Individuellement, nous avons également beaucoup de pouvoir. L’achat d’un véhicule bruyant et le nombre d’heures à l’utiliser sont des décisions individuelles. L’achat d’électroménagers et d’outils plus silencieux relève uniquement de nos critères ! Même le choix d’un type d’emploi est une décision sur laquelle nous avons du pouvoir. Il en va de même pour l’usage de bouchons protecteurs. Le nombre d’heures passées à écouter la musique sous écouteurs et la position du volume relèvent également d’un choix individuel (il est fortement conseillé de mettre le volume inférieur à 6/10).

Faire des choix responsables pour une audition durable c’est aussi favoriser les passe-temps non bruyants, se tenir loin des enceintes acoustiques et sensibiliser les enfants chaque jour aux méfaits du bruit.

Échelle des niveaux sonores et réactions humaines (événement acoustique et effets à un mètre de distance)

  • Avion à réaction à proximité (140 dBA) : douleur à l’oreille, traumatisme irréversible
  • Fusil pneumatique (130 dBA) : risque de traumatisme à l’oreille, début de douleur
  • Sirène d’ambulance, discothèque (120 dBA) : vibrations ressenties sur tout le corps
  • Scie mécanique, marteau piqueur (110 dBA) : risque à l’audition si exposition plus de 1 min / jour
  • Scie ronde, motocyclette, motoneige, baladeur à volume maximal  (100-105 dBA) : risque à l’audition si exposition plus de 15 min / jour
  • Métro, tondeuse, motomarine (90 dBA) : Gênant et très stressant
  • Nombreuses usines, camion diesel, trafic urbain, aspirateur (80-85 dBA) : rend la conversation difficile, nuit aux apprentissages, risque à l’audition si exposition 8 h / jour, fatigue
  • Lave-vaisselle, sèche-cheveux (70 dBA) : incommodant, gênant pour la conversation téléphonique
  • Conversation normale (55-60 dBA) : confortable pour communiquer
  • Bureau paisible, climatiseur (50 dBA) : confortable
  • Réfrigérateur (40 dBA) : doux
  • Conversation à voix basse  (30 dBA) : très doux
  • Tic-tac d’une montre, chuchotement (20 dBA) : à peine reconnaissable
  • Respiration normale (10 dBA) : à peine audible
  • Seuil d’audibilité, aucun bruit (0  dBA)
Ce tableau est extrait du site www.ooaq.qc.ca, Mémoire de l’Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec, mémoire présenté dans le cadre de la consultation publique sur les véhicules hors route en juin 2005.