L’amusie, ou quand le cerveau chante faux…

2 juillet 2015
amusie
On dit souvent des gens qui ont peu de talent pour le chant ou la danse qu’ils n’ont pas « l’oreille musicale ». En réalité, cette expression réfère à la capacité du cerveau humain d’analyser la musique de façon à la comprendre, à la reproduire ou à la créer. Certaines personnes sont dénuées de tout sens musical : on dit alors qu’elles souffrent d’amusie.

Bien que cette condition ait été suspectée depuis longtemps, notamment chez des personnes célèbres comme Ernesto Che Guevara ou encore Theodore Roosevelt, son identification officielle est assez récente et peu documentée, plus particulièrement chez les enfants. Les découvertes de l’imagerie cérébrale soutiennent toutefois son existence et précisent de plus en plus la nature du déficit.

Comment savoir si je souffre d’amusie?

Environ 4 % de la population vivrait avec ce trouble, dont les signes les plus courants sont une incapacité à détecter les changements de tonalités (de grave à aigu), à reconnaître ou à retenir une mélodie ou à reconnaître ou à reproduire un rythme. Autrefois inconnue, cette incapacité peut de nos jours être détectée notamment grâce à des tests de reconnaissance de tons, d’intervalles ou de rythmes et à des tests de mémoire mélodique. On compare les résultats obtenus à ceux d’un grand bassin de gens, ce qui permet de déterminer si l’incapacité est à l’intérieur des limites normales ou non.

En plus des tests sur les habiletés musicales, des méthodes d’imagerie cérébrale permettent aussi de décoder le chemin que la musique parcourt dans les différentes zones du cerveau. Les études menées sur les personnes souffrant d’amusie ont ainsi permis de constater que certaines zones de leur cerveau étaient légèrement différentes de celles des gens dotés d’un sens musical normal.

Les causes de l’amusie

L’amusie peut être congénitale, c’est-à-dire présente à la naissance dans le système neurologique d’une personne. L’amusie peut également être acquise, par exemple à la suite d’un accident vasculaire cérébral (AVC) qui aurait touché les zones impliquées dans le traitement de la musique.

Pour l’instant, quelques zones précises ont été identifiées en lien avec l’amusie acquise, principalement dans le lobe temporal droit. Une atteinte à ces zones peut donc occasionner des symptômes semblables à ceux décrits ci-haut à la suite de l’accident.

Faites le test!

C’est la première fois de votre vie que vous entendez parler d’amusie, et vous vous reconnaissez dans cet article?Nous vous invitons à faire le test en ligne mis au point par l’équipe du Laboratoire international de recherche sur le cerveau, la musique et le son (BRAMS) :
www.brams.umontreal.ca/amusia-demo
Références :
LAMBERT-CHAN, M. (2011) « Découverte du premier cas d’amusie congénitale chez l’enfant », International Laboratory for Brain, Music and Sound Research, repéré à http://www.brams.org/2011/02/malebrun/
LIU, F. et al (2010) « Intonation processing in congenital amusia: discrimination, identification
and imitation » BRAIN, 133: 1682-1693.
PERETZ, I. et R.J. ZATORRE. (2005) « Brain Organisation for Music Processing » Annual Review of Psychology, 56: 89-114.