Dre Audrey Lessard, première docteure sourde au Canada

23 août 2010
Dre Audrey Lessard, première docteure sourde au Canada«À la naissance, mon état physique était normal. Mes parents ont découvert seulement trois mois plus tard que j’étais sourde. Quand ils ont su cela, ils ont pris leur courage à deux mains et ils ont décidé de m’offrir la meilleure éducation possible et la meilleure intégration dans la société. Ce qui m’a sauvée, c’est que mes parents m’ont beaucoup encouragée à lire sur les lèvres et à apprendre à articuler.

J’ai toujours dit à tout le monde que je voulais être docteure. On me disait que ce serait impossible parce que j’étais sourde. J’ai fait mes deux premières années universitaires à l’Université de Sherbrooke en pharmacologie. J’ai réalisé que le travail de laboratoire n’était pas fait pour moi, car j’avais besoin du contact humain. J’ai donc changé de programme pour la médecine podiatrique. Je ne connaissais pas la podiatrie, mais j’avais entendu dire qu’il y avait un nouveau programme à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Je suis donc entrée dans la deuxième promotion et j’ai obtenu mon diplôme au mois d’avril 2009. Pendant mes quatre années d’université, j’ai eu huit interprètes. C’était tout un défi.

Dans la vie de tous les jours, je fonctionne sans interprète. Ce que j’aime, c’est que pour pouvoir communiquer avec moi, les gens n’ont pas le choix de me regarder dans les yeux et moi aussi.

Il y a quelques années, j’ai commencé à écrire un livre pour mettre en valeur tous les défis que j’ai eu à surmonter. Pour moi, d’être ici à la clinique, c’est le sommet du mont Everest. Je veux surtout montrer aux parents qui ont des enfants atteints de surdité comment ils peuvent les aider. Malgré les obstacles que j’ai connus, je n’ai jamais abandonné parce que j’ai toujours eu le même rêve. J’ai suivi la trajectoire de l’objectif que je m’étais fixé à l’âge de trois ans. Devenir docteure.

Je suis très fière de me joindre à l’OMPAC. Soutenir les personnes atteintes de cancer m’interpelle beaucoup. L’occasion m’est maintenant donné de porter à la connaissance des personnes sourdes touchées par le cancer que l’OMPAC peut leur apporter un soutien psychologique adéquat durant cette épreuve. Par mon expérience personnelle, je sais à quel point les services d’interprétation sont précieux pour les personnes sourdes ou malentendantes. Ils assurent la communication entre les différents intervenants en santé et leurs patients, ce qui constitue la base de la confiance et du sentiment de sécurité pour ces derniers. »

Extrait de l’émission « Une pilule, une petite granule ».
Photos Benoit Camirand