Louise Deschâtelets : Engagée et dévouée

10 novembre 2016

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Madame Deschâtelets, vous êtes ambassadrice du Mouvement Bouton argenté de la FADOQ. Pourquoi avoir accepté ?

Je crois à l’importance d’une qualité de vie adéquate chez les personnes de 50 ans et plus, et j’adhère aux valeurs de santé, de sécurité, de bien-être et d’appartenance prônées par le Mouvement Bouton argenté.

Je crois que les 50 ans et plus doivent rester engagés dans la société, ne pas devenir des citoyens de « deuxième zone ». Ils doivent prendre les moyens pour atteindre un bien-être mental, physique et financier.

Ils font partie intégrante de la société. On n’a qu’à penser à tous ces gens de 50 ans et plus qui sont encore actifs sur le marché du travail, et à tous les retraités qui s’impliquent dans les causes et organismes sociaux. Leur apport est très précieux. S’il fallait chiffrer en termes de dollars ou de salaires ce que leur participation vaut dans la société québécoise, ce serait des montants absolument incroyables ! J’avais envie de livrer ce message aux gens de ma génération. Je trouve admirable que la FADOQ ait enfourché ce cheval de bataille.

Vous tenez depuis plusieurs années un courrier du cœur dans deux quotidiens. Quand vous lisez les appels à l’aide de vos lecteurs, est-ce que certaines choses vous étonnent encore ?

Que la réalité dépasse souvent la fiction ! Vous savez, on me demande souvent si j’invente certaines lettres tellement l’histoire qui y est décrite semble incroyable. Mais non. Ce sont toutes des histoires vraies. Je me demande souvent comment ces gens ont pu tolérer des situations semblables pendant si longtemps…

J’aimerais quand même rectifier quelque chose. S’il s’agissait au début d’un courrier du cœur, je dois dire que ça s’est transformé au fil du temps. Oui, les lettres où l’on aborde des problèmes de couple, de famille ou avec des amis sont encore une bonne partie de la centaine de lettres que je reçois chaque semaine, mais les gens m’écrivent de plus en plus pour obtenir des réponses sur des sujets relatifs aux finances et à la santé par exemple.

Que répondriez-vous à un lecteur malentendant qui vous écrirait pour vous confier que sa perte auditive complique ses rapports sociaux, et à quel point il craint de ne pas réussir à suivre ce qui se dit ?

Je lui dirais que la parole n’est pas le seul moyen de communication, qu’il peut également s’aider de la gestuelle, des expressions faciales et de l’intonation des gens pour saisir le message. Mais surtout, je lui dirais qu’il faut qu’il en parle ! Il faut arrêter d’avoir honte d’avoir une perte auditive ! J’ai de gros problèmes avec mon nerf sciatique, et j’ai parfois de mauvaises journées. Si on me demande pourquoi je boite au cours d’une de ces journées, je le dis ! Ce n’est pas plus compliqué que cela ! Il faut arrêter d’avoir peur de la réaction des gens. D’ailleurs, une fois au courant, les gens seront très heureux de vous aider et de faire en sorte de vous simplifier la vie !

Pendant sept saisons, vous avez prêté vos traits à Louise Leblanc, la locataire de la très population émission « Chambres en ville ». Quel regard portez-vous sur la nouvelle génération ?

Je porte sur les jeunes d’aujourd’hui un regard très admiratif. Si je prends l’exemple de mon métier, c’était beaucoup plus facile dans mon temps ! Du travail, il y en avait. On pouvait facilement faire une belle carrière en travaillant dans un seul créneau. Personnellement, j’étais une des rares à faire plusieurs choses en même temps. Théâtre, téléromans, émissions de télé et radio. De nos jours, c’est un prérequis, les jeunes doivent être multifonctions. On leur demande de savoir tout faire ! J’ai participé à quelques projets de webtélé dernièrement, et j’étais sidérée de voir à quel point ces jeunes-là portent tous les chapeaux, à quel point ils travaillent fort, pour peu en retour. Le marché du travail actuel est très exigeant. Oui, j’admire vraiment les jeunes d’aujourd’hui.

Dans les années 1970, vous êtes tombée dans une trappe en coulisse, moins d’une heure avant la représentation. Cet accident vous a laissé avec de multiples fractures et un poumon perforé. Pourtant, neuf mois plus tard, vous remontiez sur scène. Qu’est-ce qui vous motivait autant ?

Oui, et cela s’est produit dans un théâtre de Québec ! Oui, j’ai été blessée très sérieusement. Ma mère m’a beaucoup aidée à cette époque. Mais j’ai une très bonne santé, je ne suis jamais malade, ou si rarement (je vais toucher du bois !) ; je me suis remise très vite. Vous savez, les acteurs sont des gens très superstitieux. Puisque mon accident était survenu dans un théâtre, un metteur en scène m’a dit à l’époque que je ne retravaillerais jamais, et surtout pas au théâtre, que les autres allaient craindre que je porte la poisse ! Eh bien, rien de tout ça ne s’est produit. J’ai recommencé à travailler 9 mois plus tard, comme vous l’avez dit, et je n’ai jamais arrêté depuis ! Comme je le dis dans mes conférences, il ne faut pas écouter ce genre d’oiseaux de malheur ! Il faut suivre sa voie !

Vous avez été mariée au comte français Jean-Michel de Cazanove et êtes devenue comtesse. En tant que Québécoise née à Rosemont, comment avez-vous vécu ces années au sein de l’aristocratie française ?

Ah, je vais vous dire… Ces années-là ont été tellement difficiles ! Vous savez, ce ne sont plus les familles fortunées qu’on pourrait s’imaginer. La famille de mon ex-mari a bien un château en France, mais pour notre part, nous vivions dans une maison très très simple, et notre train de vie était tout sauf princier ! Le titre de noblesse est bien la seule chose qui les distingue du reste des gens !

Donc, pas de gens qui font la révérence à Madame la Comtesse ? Pas de valets qui lui ouvrent toutes les portes quand elle se promène dans la maison ?

(Rires.) Oh mon dieu, non ! Rien de tout ça !

En terminant, j’aimerais savoir si un des rôles que vous avez joués au cours de votre carrière a été plus marquant que les autres, et pourquoi.

Non, je ne peux pas dire que les rôles que j’ai joués m’ont marquée. J’ai toujours adoré mon métier, et j’ai eu un grand plaisir à incarner chacun des personnages que j’ai joués, mais ils ne m’ont pas définie comme personne, et n’ont pas influencé ma vie. Ma vie a toujours été très compartimentée : mon travail, ma famille, mes amis. Je ne suis pas nostalgique, et je ne regarde jamais en arrière. J’ai toujours eu plusieurs centres d’intérêt. En parallèle à ma carrière, je me suis occupée de mes beaux-fils (les enfants de mon conjoint de l’époque, Guy Fournier, que je vois encore régulièrement d’ailleurs, ainsi que leurs enfants), je recevais des gens à la maison, etc.

J’ai tant de choses à faire ! La vie m’amène dans des endroits que je n’aurais jamais soupçonnés ! Tenez, grâce à la fille adoptive de mon mari Marc, nous avons l’immense bonheur de compter dans la famille une petite-fille originaire de Bolivie. Alors je me suis mise à l’espagnol ! Nous les recevons tous les deux dimanches pour le brunch, et c’est extraordinaire. La petite vient profiter de la piscine avec son grand-père. C’est un pur bonheur d’avoir des petits-enfants dans sa vie !

Merci pour cette entrevue !