L’acouphène et l’audition normale

28 avril 2016, par Mathieu Telefoglou

accouphene

L’acouphène est une perception d’un son entendu en l’absence d’une stimulation sonore extérieure. Il y a un consensus scientifique selon lequel l’acouphène est une conséquence directe d’un dommage cochléaire irréversible et permanent, et on associe généralement la perception d’un acouphène à une surdité.

Malgré cela, certaines personnes dont l’audition est tout à fait normale rapportent également entendre des sons en l’absence de stimuli. Comment cela est-il possible? Eh bien, on peut supposer que le fait d’avoir une audition normale ne signifie pas nécessairement que la cochlée est parfaitement intacte. Comme nous venons de le dire, l’acouphène est une réponse à un dommage cochléaire permanent ou non, mais qui n’est pas associé à une surdité. Ce serait le dommage cochléaire qui pourrait déclencher un acouphène permanent.

Qu’est-ce qui cause les acouphènes?

La plupart des acouphènes sont idiopathiques, ce qui signifie qu’ils sont de nature inconnue. Dans la plupart des cas, l’acouphène est décrit comme une conséquence d’un dommage auditif cochléaire se traduisant par une diminution de l’acuité auditive. Ainsi, il n’est pas rare d’observer à la fois une surdité et un acouphène chez un travailleur dans le bruit ou une personne âgée. En effet, ces clientèles sont souvent atteintes de dommages cochléaires irréversibles et permanents.

L’oreille d’abord, la cochlée ensuite

Pour qu’une personne puisse entendre un son, celui-ci doit d’abord traverser les trois parties de l’oreille (oreille externe, oreille moyenne et oreille interne). Le son atteint ensuite la cochlée, où les cellules ciliées le transforment en influx nerveux. Cet influx voyage ensuite jusqu’au cerveau en empruntant le nerf auditif. La surdité cochléaire résulte de la mort de cellules ciliées de la cochlée, qui fait en sorte qu’il y a moins de neurones qui déchargent leur réponse vers le nerf auditif.

Or, les études démontrent que le profil d’une personne avec une audition normale qui présente un acouphène permanent serait similaire au profil d’une personne ayant une surdité cochléaire (1)(2). En effet, chez un normo-entendant avec acouphène, il y a moins de neurones qui déchargent vers le nerf auditif. Bien que cette diminution des neurones résulte généralement d’un dommage cochléaire, on n’observe pourtant aucune surdité chez la personne normo-entendante. Le même phénomène a été observé chez des rats qui ont été exposés à un bruit excessif sur une courte période (110-120 dBHL pendant 60 minutes)(3).

L’acouphène de surexposition au bruit

Chez l’humain, il n’est pas rare de noter une diminution subjective de l’audition à la sortie d’une discothèque ou d’un concert de musique, par exemple, associée à la perception d’un acouphène de type sifflement. Cela est dû au fait que les cellules ciliées ont été surstimulées par le bruit excessif et que la décharge neuronale a été altérée le temps de l’exposition, créant ainsi un changement au niveau cochléaire, mais bien souvent temporaire. Après quelques heures, l’impression tend à disparaître. Chez certaines personnes toutefois, la perception de l’acouphène demeurera tandis que la surdité disparaîtra.

Consultez un audiologiste pour en apprendre davantage.


Références :
  1. « Tinnitus and neural plasticity ». Présentation de Tonndorf pendant le XIe séminaire international sur l’acouphène, tenu à Berlin, Allemagne, en 2014.
  2. TUNKEL D. E. et coll., (2014). « Clinical Practice Guideline: Tinnitus. Otolaryngology–Head and Neck Surgery ». Vol. 151(2S) S1-S40.
  3. WANG, H., T. J.Brozoski, D. M. Caspary (2011). « Inhibitory neurotransmission in animal models of tinnitus: maladaptive plasticity ». Hear Res, 279, p. 111-117.
  4. SCHAETTE, R., D. McAlpine (2011). « Tinnitus with a normal audiogram: physiological evidence for hidden hearing loss and computational model ». J Neurosci, 31, p. 13452-13457.

L'auteur:

 

Dans un objectif de conformité, les termes appareils auditifs sont préférés
à ceux de prothèses auditives.