Dormir avec des acouphènes

9 novembre 2016, par Mathieu Telefoglou

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Une personne aux prises avec un acouphène dérangeant peut voir plusieurs aspects touchant ses activités quotidiennes être affectés, notamment en ce qui a trait à l’audition, aux émotions, à la concentration et, bien sûr, au sommeil.

Le sommeil joue un rôle capital sur la santé et permet entre autres de récupérer la fatigue et de régénérer l’énergie. Certains ne peuvent se vanter d’avoir un sommeil de qualité et réparateur. En effet, selon une étude publiée par l’Université Laval en 2011, 40 % des Canadiens ont eu un ou plusieurs symptômes reliés à l’insomnie au moins trois fois par semaine durant le dernier mois. Ces symptômes font référence à une période d’endormissement plus longue qu’à l’habitude, à des périodes d’éveil de plus de 30 minutes et à un réveil au moins 30 minutes plus tôt que l’heure souhaitée1. Il est estimé, selon des études consultées, qu’entre 25 et 77 % de la population avec acouphène souffre de troubles du sommeil quelconques2.

Le cycle du sommeil

Une nuit de sommeil typique est constituée de 3 à 5 cycles de 90 minutes comprenant chacun 5 stades. Les quatre premiers se caractérisent par une activité cérébrale lente (sommeil à ondes lentes), alors que le dernier constitue le sommeil paradoxal étant donné que l’activité cérébrale est similaire à l’état d’éveil. On dit qu’il est paradoxal, car on observe des mouvements oculaires rapides, alors que le corps est dans un état de paralysie musculaire. Le sommeil paradoxal favoriserait la maturation du système nerveux, la plasticité cérébrale, la consolidation des apprentissages, et pourrait avoir un effet bénéfique sur la mémoire et les émotions.

Normalement, plus la nuit avance, plus la durée du stade de sommeil paradoxal augmente, alors que les autres diminuent3. Les chercheurs d’une étude parue en 2013 ont étudié le sommeil des gens ayant des acouphènes à l’aide d’hypnogrammes et de questionnaires sur la qualité du sommeil et le dérangement causé par l’acouphène. Le cycle de sommeil des 18 sujets avec acouphène de cette étude était statistiquement différent de celui de gens ne souffrant pas d’acouphène. En moyenne, ils passeraient significativement moins de temps par nuit dans le 3e et 4e stade du sommeil à ondes lentes ainsi que dans le sommeil paradoxal que la population sans acouphène.

Les personnes avec acouphène qui se plaignent le plus d’avoir un sommeil léger seraient celles pour qui l’acouphène est le plus dérangeant4.

Stratégies pour favoriser le sommeil

Une personne dont l’acouphène est dérangeant pour le sommeil doit utiliser des stratégies pour mieux dormir. Parmi les plus efficaces, le fait d’enrichir l’environnement sonore permettrait de moins entendre l’acouphène. L’idée est d’utiliser un bruit ambiant à un volume similaire à l’acouphène sans qu’il soit trop fort pour s’endormir ou pour déranger le conjoint. En général, le bruit d’une radio entre deux postes, un ventilateur, un déshumidificateur d’air ou un masqueur d’acouphène peut être suffisant. Il existe également des applications gratuites sur téléphone intelligent qui permettent à l’utilisateur de générer un bruit personnalisable en termes d’intensité, de durée et de type pour qu’il puisse tomber dans les bras de Morphée le plus rapidement possible. Pour en télécharger, il suffit de chercher sur Google Play ou dans le App Store des générateurs de bruit ou des mélodies pour la relaxation.

Voici une liste non exhaustive de différentes astuces qui peuvent contribuer à favoriser le sommeil5-6

Éléments à favoriser

  • Exercice quelques heures avant de dormir, de préférence avant le souper, ou marche après le souper
  • Horaire stable avec une heure fixe pour aller au lit et pour se réveiller
  • Activité relaxante environ 30 minutes avant d’aller se coucher (p. ex. lecture, méditation, relaxation, visualisation)
  • Pensées positives
  • Chambre aménagée pour favoriser le sommeil : matelas et literie confortables, stores, toiles ou rideaux qui ne laissent pas passer la lumière, couleurs des murs apaisantes, température fraîche
  • Ambiance sonore rassurante et paisible : bruit de la nature (chute d’eau, vent, pluie), musique douce, bruit blanc ou à bande large (ventilateur), musique pas trop forte, avec des écouteurs ou un oreiller muni d’un haut-parleur pour ne pas déranger le conjoint

Éléments à éviter

  • Stress
  • Siestes, surtout le soir
  • Caféine, alcool et repas copieux quelques heures avant de dormir
  • Pensées négatives (n’apportez pas les problèmes dans la chambre à coucher, comme le travail ou l’argent)
  • Activités stimulantes (regarder la télévision, jouer à des jeux vidéos, manger, travailler)
  • Télévision ou ordinateur dans la chambre à coucher
  • Si le sommeil ne vient toujours pas au bout de 30 minutes, levez-vous et changez de pièce pour vous changer les idées. Vous pouvez faire une activité tranquille comme lire ou méditer. Il est également recommandé de seulement aller se coucher une fois fatigué et d’éviter de regarder l’heure pendant la période d’endormissement.

Pour en connaître davantage sur les acouphènes, consultez un audiologiste.

Références :
Université Laval. « Sleep disorders affect 40 percent of Canadians ». ScienceDaily. 2011, 8 septembre. Tiré de www.sciencedaily.com/releases/2011/09/110908104005.htm. Consulté le 12 août 2016.
FIORETTI et coll. « Association between sleep disorders, hyperacusis and tinnitus : Evaluation with tinnitus questionnaires ». Noise Health 2013 ;15 :91-5.
http ://lecerveau.mcgill.ca
ATTANASIO et al. « Sleep Architecture Variation in Chronic Tinnitus Patients ». Ear and Hearing, vol 34.4, pp.503-507, juillet 2013.
http ://www.nytimes.com/health/guides/symptoms/sleeping-difficulty/print.html
WITT et al. « Tinnitus activities ; sleep strategies ». Congrès annuel sur l’acouphène à l’université de l’Iowa. 2015.

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Dans un objectif de conformité, les termes appareils auditifs sont préférés
à ceux de prothèses auditives.