Parent sourd, enfant entendant: les conséquences sur le développement de son langage

14 septembre 2015, par Brigitte Sauvageau

Parent sourd, enfant entendant

Saviez-vous que plus de 90 % des enfants nés de parents sourds sont entendants? Qu’en est-il de la communication à la maison?

La littérature indique que si, à l’âge de trois ans, un enfant n’est pas en mesure de mieux communiquer qu’un enfant de 18 mois, il ne réussira jamais à rattraper complètement son retard de langage. On peut donc s’inquiéter des conséquences d’avoir des parents sourds sur le développement du langage d’un enfant entendant.

Il y a deux options de communication entre un parent sourd et un enfant entendant : la communication signée ou la communication orale.

La communication signée

La plupart des parents sourds vont choisir d’utiliser le langage des signes (au Québec, la langue des signes québécoise ou LSQ) pour communiquer avec leur enfant. Dans ce cas, on considérera la langue des signes comme la langue maternelle de l’enfant, et il apprendra la communication orale par d’autres intermédiaires. L’apprentissage de la langue des signes et de la communication orale est considéré comme un apprentissage bilingue. Dans ce cas, les habiletés communicationnelles de l’enfant se développeront de la même façon que celles d’un enfant qui apprend deux langues parlées en bas âge.

Malgré les avantages reconnus de l’apprentissage bilingue, le risque est élevé que l’enfant prenne de « mauvais plis » pendant son apprentissage. Voici quelques erreurs fréquentes en lien avec ce type d’apprentissage :

  • L’enfant formule des questions incorrectes ou incomplètes;
  • Il oublie de prononcer l’article (ex. : un, des, le, la);
  • Il confond les pronoms définis (elle / il);
  • Il ne maîtrise pas les temps de verbe au passé;
  • Il répète un même mot dans une phrase.

Ces erreurs font partie du processus d’apprentissage, et elles se corrigeront avec le temps.

La communication orale

Certains parents choisiront de communiquer oralement avec leur enfant dans l’espoir de faciliter le développement de son langage.

Malheureusement, diverses études ont montré que les parents sourds ne sont pas de bons accompagnateurs, puisque leur articulation est généralement déficiente et qu’ils disposent de surcroît d’un vocabulaire limité. La clarté du message qu’ils tentent de livrer est donc affectée.

Ce choix pourrait avoir des conséquences sur le développement de l’enfant entendant :

  • Il acquiert une mauvaise articulation, similaire à celle du parent sourd;
  • Il peut développer un retard de langage (un enfant sur deux);
  • Il a une interaction limitée avec son parent sourd (comme il ne connaît pas le langage des signes, il peut difficilement communiquer avec son parent sourd).

L’exposition au langage oral

Il a été prouvé que les enfants de parents sourds sont en mesure de développer leur langage de la même façon que le font les enfants de parents entendants, et ce, dans la mesure où ils côtoient au moins une personne qui parle couramment la langue. En effet, il semble que  5 à 10 heures par semaine d’exposition au langage oral suffisent pour que l’enfant acquière les connaissances et habiletés nécessaires pour s’exprimer oralement de façon adéquate. L’exposition peut se faire par l’intermédiaire d’une éducatrice en garderie, de membres de la famille ou d’un entraîneur, par exemple.

On conseille aux parents sourds d’utiliser avec leur enfant le mode de communication qui leur permet d’exprimer clairement une idée en y apportant toutes les nuances nécessaires, puisqu’une communication claire favorisera l’acquisition naturelle du langage chez l’enfant.

Références :
JOHNSON J. M., R. V. Watkins et M. L. Rice (1992). « Bimodal bilingual language development in a hearing child of deaf parents. », Applied psycholinguistics, 13(01), p. 31-52.
MURPHY, J. et N. Slorach. (1983). « The Language Development of Pre‐Preschool Hearing Children of Deaf Parents », International Journal of Language & Communication Disorders, 18(2), p. 118-127.
SINGLETON, J. L. et M. D. Tittle (2000). « Deaf parents and their hearing children. », Journal of Deaf studies and Deaf education, 5(3), p. 221-236

L'auteure:

 

Dans un objectif de conformité, les termes appareils auditifs sont préférés
à ceux de prothèses auditives.